Le style troubadour est un mouvement artistique émergeant sous la Restauration française, qui s'épanouit dans la première moitié du XIXe siècle, et tendant à réinventer et s'approprier par les différents arts, une atmosphère idéalisée du Moyen Âge et de la Renaissance. Il peut apparaître comme une réaction au mouvement néoclassique puis au style Empire. L'influence du style néo-gothique anglais, apparu dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, est cependant tout aussi manifeste, ce qui conduit les spécialistes à voir dans l'imagerie troubadour l'une des composantes du romantisme.

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Château d'Anterroches

La « redécouverte » ou la réappropriation de l'imaginaire médiéval est l'une des curiosités intellectuelles du début du XIXe siècle français. Ce passé imprègne l'Ancien Régime de par les institutions et rites qui lui sont attachés, et maintient l'organisation politique du royaume de France dans l'axe de traditions définies comme immuables. C'est le propre de la Révolution française d'avoir effectivement bousculé cet ordre.

En exhumant les restes des rois, en mettant « sur le marché » une multitude d'objets, d'œuvres d'art, d'éléments d'architecture médiévale, les révolutionnaires leur redonnent vie, si l’on ose dire. Le Musée des monuments français, établi dans l'ancien couvent qui deviendra l'École des beaux-arts de Paris en 1820, fait, de tous ces glorieux débris du Moyen Âge, autant de sujets d'admiration pour le public et de modèles d'inspiration pour les élèves des sections de gravure, peinture et sculpture ; mais pas ceux d'architecture puisque son enseignement a été dissocié des Beaux-Arts et réuni à celui de l'École centrale des travaux publics sous la direction de Durand, promoteur de l'architecture néoclassique sévère qui caractérise le style de la Convention et du Consulat. C'est plus tard, à partir de la Restauration et sous l'impulsion de Quatremère de Quincy et de Mérimée, qu'une nouvelle tradition d'enseignement de l'architecture se reconstitue aux Beaux-Arts, en marge de l'école officielle déclinante, à partir d'ateliers privés qui comportent des architectes diocésains travaillant pour les monuments historiques, qui donneront naissance à la fondation de la Société centrale des architectes et rendront possible en architecture l'expression du style troubadour.

La résurgence du sentiment chrétien dans sa dimension artistique, avec la parution en 1800 du Génie du Christianisme, joue un grand rôle en faveur d'une peinture, d'une sculpture et d'une littérature édifiantes souvent inspirées par la religion.

Artistes et écrivains rejetettent le rationalisme néo-antique de la Révolution et se tournent vers un passé chrétien glorieux. Les progrès de l'histoire et de l'archéologie accomplis au cours du XVIIIe siècle portent leurs fruits, en premier, dans la peinture.  

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Château de Beauregard

Napoléon lui-même ne dédaigne pas ce courant : il a pris comme emblème le semis d'abeilles d'or retrouvé au XVIIe siècle sur la tombe du roi mérovingien Childéric, et se voit bien comme un continuateur de la royauté française. Une sorte de reconnaissance officielle du Moyen Âge est opérée par la cérémonie du Sacre de Napoléon. Reprenant l'usage des rois de France (mais à Paris), le futur empereur tente de reprendre à son profit les usages royaux : peut-être même dans ses manifestations miraculeuses, Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa d'Antoine-Jean Gros a été lue comme une version réactualisée des Rois thaumaturges.

On observe au XVIIIe siècle un engouement pour l'architecture médiévale, issu de l'Angleterre ou fleurit le style néogothique, mais qui, en France reste limité à certaines fabriques féodales que l'on trouve dans des parcs de châteaux.

Après sa disparition en peinture, le style troubadour semble se poursuivre, ou renaître dans l'architecture, les arts décoratifs, la littérature et le théâtre. L'Abbotsford House, construite en Écosse à partir de 1800 par Walter Scott, est l'archétype des châteaux néo-gothiques ou néo-Renaissance mélangeant des éléments d'architecture récupérés et des pastiches.

D'après Wikipédia