La Première Renaissance s'étend de 1515 à 1530/1540.

Tout comme la période précédente, la manifestation la plus évidente de la Première Renaissance en France s'exprime par l'édification de châteaux résidentiels non seulement dans le Val de Loire et l'Île-de-France mais également dans certaines provinces plus au sud comme le Berry, le Quercy et le Périgord (châteaux d'Assier et de Montal) qui, après s'être remises des séquelles de la guerre de Cent Ans, voient leurs grandes familles s'endetter sur plusieurs générations afin de moderniser les structures médiévales préexistantes. Pour autant c'est bien en Touraine que seront édifiés les plus grands châteaux de la Première Renaissance française.

Si à partir de la fin du XVve siècle, le processus transitoire du Style Louis XII, impose peu à peu les formes de la Première Renaissance, à partir des années 1515/1520, l'arrivée d'une nouvelle vague d'artistes italiens, plus nombreux qu'auparavant, va avoir une grande influence sur l'art français, en créant une véritable rupture : les formes gothiques finissent par se diluer progressivement dans le decorum italien.  

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Château d'Azay-le-Rideau

Contrairement à la période précédente, le principal protagoniste n'est plus l'entourage du roi mais bien François Ier, lui-même qui, se comportant en monarque humaniste, devient l'un des acteurs primordial de cette évolution stylistique. En s'imposant dans les arts, il se veut alors mécène et guide de son peuple et de la chrétienté, sans pour autant renier son rôle militaire.

C'est ainsi qu'il fait appel à des artistes italiens pour la construction de ses châteaux. Ces artisans lettrés auront alors une grande aura sur les maîtres maçons français : l'architecte présumé de Chambord, Domenico Bernabei da Cortona aurait ainsi été surnommé « Boccador », bouche d'or en italien, pris ici dans le sens de « paroles d'or ».

Pour autant, durant toute la Première Renaissance française, le plan des édifices reste traditionnel et les éléments d'architecture restent librement inspirés de l'art nouveau venu de Lombardie. Jamais, peut-être l'architecture française n'a autant fait preuve de plus d'élégance, de légèreté et de fantaisie que durant cette période artistique. Il se dégage une saveur toute particulière des édifices du Val de Loire où les maîtres-maçons français traditionnalistes et plein de verve, n'acceptent que bien à regret la nouvelle architecture en faisant toujours concorder la structure avec la forme et allier aux silhouettes hardies et pittoresques du Moyen Âge, la décoration de la Renaissance italienne.

C'est ainsi que dans la lignée du style Louis XII, on conserve durant toute la période les traditions nationales telles que les hautes toitures. Si les progrès de l'artillerie ont rendu inutile tout appareil défensif tels que les tours, les machicoulis, le crénelage ou encore les courtines des châteaux, on les conserve encore par tradition. Pour autant, tous ces éléments de défense se voient vidés de leur substance pour être transformés en autant d'éléments décoratifs. C'est ainsi que dans bon nombre d'édifices, comme au château de Chenonceau, de La Rochefoucauld, ou de Villandry, la permanence du donjon ne se justifie que par le symbole seigneurial qu'il représente ; sa fonction militaire étant désormais supplantée par celle du prestige et de l'apparat.

Dans cette mouvance, les échauguettes des châteaux du Moyen Âge deviennent à Azay-le-Rideau, de gracieuses tourelles d'angles en encorbellement tandis que les créneaux du chemin de ronde se développent en petites fenêtres, transformant cet espace, en une agréable galerie de circulation. Caractéristique apparue avec le Style Louis XII, les fenêtres des façades ont leur chambranle qui se raccorde d'étage en étage, formant une sorte de travée terminée en lucarne ouvragée. Ce quadrillage que l'on retrouve à Blois ou à Chambord, donne une sensation de régularité, souvent « fictive », aux élévations, tout en soulignant les horizontales et les verticales, alors que la multiplication des cheminées et des clochetons semblant former une couronne à l'édifice, est un dernier reflet de la féérie médiévale.

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Château de Chambord

Si l'architecture s'ouvre désormais largement sur l'extérieur, la richesse décorative reste réservée pour la cour, notamment pour le motif central de l'escalier. Obsession généralement étrangère à la Renaissance italienne, l'escalier est considéré alors comme l'élément français autour duquel gravitera le château tout entier : la tour polygonale en hors d'œuvre, conservée dans l'aile François Ier du château de Blois, est remplacée peu à peu par un escalier rampe sur rampe, qui bien plus qu'une innovation italienne, semble bien appartenir au répertoire de l'Ouest de la France depuis le XVe siècle.

Si la façade des loges du château de Blois apporte une certaine modernité, par ses ouvertures en enfilade sur l'extérieur, inspirées de la cour du Belvédère du Vatican, l'utilisation du modèle romain de Bramante se voit modifié et soumis à la structure médiévale préexistante. Inachevée, cette façade n'a pu recevoir un décor italianisant comparable à l'aile François Ier sur cour. Elle n'en reste pas moins représentative des différentes recherches opérées au cours de la Première Renaissance : par la substitution des profils pleins et nets aux arêtes aigües de la mouluration gothique, elle marque un progrès dans l'imitation des modèles antiques.

Cette interprétation des réalisations de Bramante, même si elle ne respecte en rien les ordres antiques, se retrouve dans la superposition des arcades encadrées de pilastres qui orne les cours intérieures du château de La Rochefoucauld puis de Chambord.

Première réalisation ex nihilo, le château de Chambord est un rendez-vous de chasses et de fêtes de la cour, conçue comme un lieu théâtral peu habité. La présence de Léonard de Vinci et de Boccador, amène une réflexion sur le château à la française au contact de la Renaissance italienne. Alors que les tours du Moyen Âge n'ont d'autre jours que les fentes des archères, une superposition de fenêtres à pilastres vient ici largement éclairer l'édifice tandis que le couronnement crénelé disparaît pour la première fois. Le décor exubérant s'attache alors surtout aux toitures hérissées de souches de cheminées, de lucarnes ou de tourelles, toutes garnies de losanges ou de disques d'ardoise, de tabernacles et de culs-de-lampe traités dans le goût de l'Italie du Nord, tout en évoquant les incrustations de marbre noir de la Chartreuse de Pavie où François Ier fut prisonnier. Si le développement d'appartements symétriques à destination résidentielle est une nouveauté, l'organisation du plan reste cependant traditionnelle, rappelant ainsi le château de Vincennes, avec un donjon central entouré d'une enceinte où se trouve la cour et les communs. Le projet initial de 1519, se voit pourtant modifié dès 1526, afin de transférer l'appartement du roi dans une aile latérale : le donjon centré étant rendu incompatible avec le nouveau rituel de cour nécessitant un appartement royal en enfilade. Comme à la Villa médicéenne de Poggio a Caiano, chaque niveau a désormais ses appartements répartis autour d'un axe central incarné par l'escalier à double révolution pensé en collaboration avec Léonard de Vinci. Les travaux ralentissent pourtant : après la défaite de Pavie, François Ier se voit contraint de regagner Paris.

À son retour de captivité, en 1527, si le mécénat de l'entourage royal reste important, le roi n'en reste pas moins le principal protagoniste des évolutions stylistiques de son pays, par les modifications qu'il apporte à toute une série de châteaux autour de la capitale (Villers-cotterêt, La Muette). Alors qu'en Île-de-France de nouvelles innovations se font jour, le Val de Loire devient le conservatoire de la Première Renaissance. 

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Aile François Ier du château de Blois

Le château de Villandry (vers 1536) achève les recherches de la Première Renaissance et annonce Ancy-le-Franc et Écouen.

C'est alors qu'un événement d'une importance capitale se produit au château de Fontainebleau, devenu entre 1530 et 1540 résidence principale du souverain. Bien que l'on note un grand contraste entre la qualité moyenne de l'architecture et la splendeur du décor intérieur, les réalisations dirigées par Gilles le Breton marquent une évolution profonde marquant la fin de la période. Tandis que le donjon du XIIe siècle est préservé, la cour ovale correspondant à l'ancien château médiéval se voit ornée par le Rosso et par Serlio d'un portique ouvrant sur un escalier à double volée. Le pavillon de la porte dorée, édifié pour l'occasion, reprend les disposition observées dès 1509 au château de Gaillon. Mais contrairement à ce qu'on observeit dans le Val de Loire, on privilégie désormais une architecture austère à base de moellons et de pierres enduites. Si la superposition des pilastres des façades, ne respectent en rien les ordres antiques, l'étagement des loggias, la scansion des niveaux par des frontons triangulaires et le découpage des toitures en pavillons rectangulaires provoquent un grand effet classicisant, transformant cette architecture, en une entrée triomphale, à l'exemple du Castel Nuovo de Naples.

Mais avant même que les bâtiments du nouveau château soient achevés, François Ier fait venir d'Italie un groupe important d'artistes pour embellir le palais. Il crée ainsi de ses vœux, une sorte de « nouvelle Rome », que l'on appellera l'École de Fontainebleau, avec un cercle intellectuel et artistique influant. Jusqu'à sa mort, en 1540, Rosso y joue le premier rôle auquel succédera Le Primatice : le décor de la galerie François Ier, vaste ensemble voué à la glorification de la monarchie française en est la plus belle expression. Dans les années qui suivent, le rachat de la toute proche abbaye des trinitaires permet de s'extraire du cœur médiéval du château et de créer une œuvre moderne ex nihilo autour d'une imposante cour d'honneur. Inspirée de la Villa médicéenne de Poggio a Caiano, la liaison à l'ancien château se fait par une nouvelle aile à portiques, permettant la réalisation de la galerie François Ier, superposée à de luxueux appartements de bain. Quant au corps central à pavillons carrés de la nouvelle aile du palais, il s'inspire du château de Bury, tout en marquant, par son plan rectiligne et ses lucarnes à frontons triangulaires épurés, l'évolution classicisante qui va marquer la Seconde Renaissance.

Le style nouveau de la Première renaissance ne tarde pas à se répandre dans toute la France. Des villes comme Lyon, Dijon, Besançon ou Nancy ainsi que Bar-le-Duc sont particulièrement riches de maisons et d'hôtels particuliers de la Première renaissance : parmi les demeures les plus célèbres on peut citer, l’Hôtel Chabouillé dit de François Ier à Moret-sur-Loing, le logis Pincé (1525-1535) à Angers, l'hôtel de Bullioud (1536) et l'hôtel de Gadagne (encore de style Louis XII) à Lyon, la maison des Têtes (1527) à Metz, l'Hôtel d'Haussonville (1527-1543) de Nancy, ou encore l'Hôtel de ville de Beaugency.

Dernier des grands châteaux qui furent bâtis sur les bords de Loire au XVIe siècle, le château de Villandry, apporte une touche finale aux recherches de la Première Renaissance tout en annonçant les réalisations d'Ancy-le-Franc et d'Écouen. Dès son arrivée en 1532, Jean le Breton, ministre des finances de François Ier, exploite à Villandry son exceptionnelle expérience de l’architecture acquise sur de nombreux chantiers, dont celui du château de Chambord qu’il a surveillé et dirigé pendant de longues années pour le compte de la Couronne. Tout en rasant l’ancienne forteresse féodale, on conserve le donjon, témoin symbolique du traité du 4 juillet 1189, appelé «Paix de Colombiers », du nom de Villandry au Moyen Âge, au cours duquel le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt, vient devant le roi de France Philippe Auguste, reconnaître sa défaite. Achevé vers 1536, ce nouvel édifice présente une disposition moderne par la régularité de son plan quadrangulaire et sa cour intérieure s'ouvrant sur les perspectives de la vallée où coulent le Cher et la Loire. Pourtant tout proches et presque contemporains d’Azay-le-Rideau, les « fantaisies » italianisantes et les souvenirs médiévaux tels que les tourelles, les clochetons ou autres mâchicoulis décoratifs, disparaissent ici entièrement au profit d’un style plus simple, purement français, dont la clacissisme et la forme des toitures préfigurent les réalisations d'Ancy-le-Franc et du château d'Écouen4. Si l’originalité de Villandry se situe dans une conception architecturale d’avant-garde annonçant la Seconde Renaissance, l’utilisation qui a été faite du site pour y construire en pleine harmonie avec la nature et la pierre, des jardins d’une remarquable beauté, en fait l'une des expressions les plus abouties de la Première Renaissance française.

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Château de Villandry

D'après Wikipédia