L'architecture gothique ou art français est un style architectural d'origine française qui s'est développé à partir de la seconde partie du Moyen Âge en Europe occidentale. Elle apparaît en Île-de-France et en Haute-Picardie au XIIe siècle sous la dénomination Opus Francigenum, signifiant « œuvre française ». Elle se diffuse rapidement au nord puis au sud de la Loire et en Europe jusqu'au milieu du XVIe siècle et même jusqu'au XVIIe siècle dans certains pays. L'esthétique gothique et ses techniques se perpétuent dans l'architecture française au-delà du XVIe siècle, en pleine période classique, dans certains détails et modes de constructions. Enfin, un véritable renouveau apparaît avec la vague de l'historicisme du XIXe siècle jusqu'au début du XXe siècle. Le style a alors été qualifié de néo-gothique.

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Cathédrale Notre-Dame d'Amiens

Nom et étymologie

Le terme « gotico » est, semble-t-il, utilisé pour la première fois par le peintre Raphaël vers 1518 dans un rapport au pape Léon X sur la conservation des monuments antiques : Raphaël considère que les arcs en ogive de l'architecture gothique rappellent la courbure des arbres formant les cabanes primitives des habitants des forêts germaniques et fait référence, de manière neutre, à l'art gothique du Ve siècle, désignant par contre l'« art français » médiéval sous le terme art tudesque. « Gotico » est ensuite repris dans un sens péjoratif par le critique d'art Giorgio Vasari en 1530, faisant, lui, référence au sac de Rome par les « barbares » Goths. L'art gothique était donc "barbare" pour les Italiens de la Renaissance, car il résulterait de l'oubli des techniques et des canons esthétiques gréco-romains.  

La plupart des archéologues et des historiens de l'art réfutent ce jugement et montrent que, par rapport à l'architecture romane qui la précède, l'architecture gothique n'est pas tant une rupture qu'une évolution. Son identité très forte est autant philosophique qu'architecturale. Elle représente probablement, de ces deux points de vue, l'un des plus grands accomplissements artistiques du Moyen Âge.

Esthétique de l'architecture gothique

Même s'il est courant de définir l'architecture gothique par l'usage de l'arc brisé (l'« ogive » qui remplace l'arc en plein cintre) permettant aux murs de gagner en hauteur, la voûte sur croisée d'ogives qui permet à l'édifice de prendre en largeur et l'arc-boutant pour étayer la maîtresse voûte, on ne saurait réduire un style architectural précis, ou tout autre art, à des caractéristiques techniques. Opposer le roman au gothique par l'usage du plein cintre ou celui de l'ogive est absurde et n'a pas de sens historiquement. L'époque gothique est juste marquée par leur utilisation de plus en plus systématique qui permet, entre autres, d'évider plus largement les murs, ce qui conduit les maîtres d'œuvre, dans leur quête effrénée de la lumière, à la quasi-disparition de la paroi et à son remplacement par d'immenses verrières dans l'architecture rayonnante.

À l'encontre d'une idée reçue, l'arc brisé, la voûte sur croisée d'ogives et l'arc-boutant ne sont pas des inventions gothiques. Ils sont utilisés bien avant l'apparition des premiers bâtiments gothiques. Caractéristiques de l'époque gothique, l'arc brisé et l'arc-boutant sont employés dans l'architecture romane de Bourgogne et généralisés très tôt par les cisterciens, la voûte sur croisée d'ogives apparaît dans l'architecture romane normande.

De nombreux autres procédés architecturaux ou décoratifs ont été employés. L'alternance de piles fortes et piles faibles rythme la nef et renforce ainsi l'impression de longueur, d'horizontalité. Le rapport hauteur/largeur de la nef accentue ou diminue la sensation de hauteur de la voûte. Ce sont surtout la forme des piles, la décoration des chapiteaux, la proportion des niveaux (grandes arcades, triforium, fenêtres hautes)... qui participent tous à l'expression de l'esthétique de l'architecture gothique ainsi que :

  • volonté de hauteur ;
  • recherche de verticalité ;
  • alternance des vides et des pleins ;
  • fusion de l'espace ;
  • multiplication des jeux de lumières et de couleurs ;
  • volonté d'accueillir le plus grand nombre de fidèles (les deux tiers de l'église gothique sont désormais réservés aux laïcs).

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La Sainte-Chapelle, Paris

Ainsi, les éléments architecturaux ont été mis au service de choix et de recherches esthétiques. Ils n'ont été que des outils pour obtenir les effets recherchés. Pour élever les nefs toujours plus haut, il a fallu améliorer la technique de l'arc-boutant. Pour augmenter la lumière et évider les murs, l'usage de l'arc brisé était mieux adapté. Les piles fasciculées ont homogénéisé l'espace et donné une sensation de logique aux volumes.

Enfin, l'esthétique de l'architecture gothique est généralement associée à une polychromie, à l'intérieur et à l'extérieur, notamment pour les sculptures, les arcs et les moulures, mais aussi fréquemment sur les parois. Ces décors ont fait l'objet des recherches de l'archéologie du bâti, discipline qui a pris son essor dans les années 1990. Contrairement à la vision que le public en a aujourd'hui, les églises à l'époque gothique sont parfois revêtues d'une épaisse couche d'enduit ou de mortier ornés d'un faux appareil ou de couleurs produites par des pigments, de la feuille d'or ou des inclusions de matériaux polychromes (voire pour les toitures par des tuiles vernissées ou des tables de plomb polychromes). Cette ornementation chromatique, tout en contribuant à la protection de l'église, notamment du gel, participe à l'effet de transparence, favorisant la confusion visuelle entre la paroi et l'enveloppe et niant la réalité lithique de l’édifice sous le voile d'une luminance incarnée.

Historique

Le style gothique apparaît essentiellement en Haute-Picardie et en Île-de-France, les tout premiers édifices « protogothiques » naissant dans la région francilienne. La principale hypothèse pour expliquer ces lieux de naissance francilien et picard est qu'ils sont essentiellement peuplés à cette époque de monuments paléochrétiens, notamment de cathédrales à murs fins, charpentées et percées de nombreuses baies. Ces régions sont donc déjà préparées aux choix techniques et esthétiques du gothique. De plus, elles voient l'avènement des Capétiens et la consolidation de l'État qui, à mesure de l'annexion des fiefs féodaux, impose comme symbole du pouvoir royal le renouvellement de ces édifices. Enfin, elles sont à la frontière de régions dynamiques au niveau des inventions architecturales : la Bourgogne (arc brisé inventé à l'abbaye de Cluny, arcs-boutants inventés à Cluny et Vézelay), la voûte sur croisée d'ogives du monde anglo-normand (cathédrale de Durham, abbaye de Lessay). Lieu de passage, de brassage, la Picardie et l'Île-de-France voient les premiers maîtres gothiques synthétiser toutes ces influences.

Le style évolue dans le temps : au gothique dit « primitif » (XIIe siècle) succèdent en France le gothique « classique » (1190-1230 environ), puis le gothique « rayonnant » (v.1230 - v.1350) et enfin le gothique « flamboyant » (XVe / XVIe siècle). En France, l'arrivée en 1495 d'une colonie d'artistes italiens à Amboise va donner naissance à un style hybride de structure gothique et de décor Renaissance, c'est le style Louis XII.

Son expansion géographique se fait essentiellement en Europe occidentale et l'architecture gothique se décline en de nombreuses variantes locales : gothique angevin, normand, perpendiculaire...

Avant le gothique : l'art roman 

Depuis la fin du Xe siècle, les églises sont construites dans le style roman commun à une grande partie de l'Europe occidentale : les nefs sont souvent couvertes d'une voûte en berceau ; les murs sont épais et soutenus par des contreforts massifs situés à l'extérieur. Le nombre et l'ampleur des fenêtres sont limités et l'intérieur des édifices est décoré par des fresques aux couleurs vives.

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Cathédrale Saint-Etienne, Metz

Les historiens d'art actuels, se basant sur les découvertes de l'archéologie du bâti, tendent à diminuer la rupture entre les styles roman et gothique, en démontrant que l'héritage antique n'a pas été complètement oublié du style gothique. Les sculpteurs et les architectes s'inspirent souvent des méthodes romaines. La maîtrise précoce de l'art du vitrail se retrouve dans les églises du haut Moyen Âge dont les verrières prennent place à des endroits précis de l'édifice, en lien probablement avec la liturgie. La quête de lumière s'intensifie dans l'architecture carolingienne qui fait un usage accru du vitrail, lequel investit toutes les baies des édifices religieux. Les murs épais des églises romanes peuvent être percés dans leur niveau supérieur de larges baies qui apportent davantage de lumière, caractéristique notamment des grandes églises normandes de la seconde moitié du XIe siècle.

Le gothique primitif ou protogothique : 1130-1180 

Bien que des éléments techniques utilisés par les maîtres d'œuvre de l'époque existent depuis de nombreux siècles (ogive), l'édification du chœur et de la façade de la basilique Saint-Denis et de la cathédrale Saint-Étienne de Sens sont généralement considérés comme les premiers jalons majeurs dans la genèse de l'esthétique gothique en architecture.

Les premiers édifices gothiques apparaissent vers les années 1130-1150 en Île-de-France et surtout en Picardie.

À cette époque, la croissance démographique (en lien avec la croissance agricole et commerciale) commande une augmentation de la taille des édifices religieux. La religion, le culte des reliques sont une composante essentielle de la vie des fidèles. La diffusion des innovations techniques rend le travail plus productif.

Par ailleurs, les villes et le commerce se développent, ce qui entraîne l'émergence d'une riche bourgeoisie qui souhaite s'émanciper du pouvoir de la seigneurie féodale dès le XIe siècle par l'obtention de franchises (droit d'impôts, de justice...) et l'exemption de droits seigneuriaux précisées dans les chartes de communes. Cette bourgeoisie souhaite s'émanciper aussi du pouvoir ecclésiastique en tenant ses conseils municipaux non plus dans les églises, mais dans les hôtels de ville (les premiers édifices civils, en dehors des châteaux, seront des hôtels de ville) dont les beffrois concurrencent les clochers.

Mais l'architecture gothique concerne principalement le religieux.

Les sources de financement sont essentiellement les revenus de l’évêque (c'est lui qui est toujours à l'initiative de ces premiers édifices gothiques, le chapitre de chanoines prendra le relais au milieu du XIIIe siècle à mesure que les chanoines jouent un rôle plus important), les dons de nobles (donations en « pure, perpétuelle et irrévocable aumône » ou demande de messes), de bourgeois (notamment pour leur salut), de corporations (se faisant par exemple représenter dans les vitraux en retour) et les contributions de tous les fidèles (quêtes, indulgences, transport des reliques...).

Le premier art gothique s’étend durant la seconde partie du XIIe siècle dans le Nord de la France. Le clergé séculier est alors tenté par un certain faste architectural. Saint-Denis passe pour le prototype : mais ce parti, très audacieux, ne sera pas immédiatement compris et suivi (façade harmonique, double déambulatoire, voûtes d'ogives). La cathédrale Saint-Étienne de Sens est un autre exemple initiateur de ce mouvement, moins audacieux que Saint-Denis : alternance des supports (piles fortes et piles faibles), voûtes sexpartites, murs qui restent relativement épais - l'utilisation des arcs-boutants ne se généralisera qu'à la période gothique classique (même s'il font leur première apparition attestée à Saint-Germain-des-Prés, dès les années 1150) jusqu'à la découverte de cet élément architectural en 1130 à Cluny). Toutefois, des innovations telles que l'absence de transept qui unifie l'espace et un éclairage plus abondant, peuvent être constatées.

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Déambulatoire de la basilique Saint-Denis

L'élévation du gothique primitif se fait alors sur quatre niveaux : grandes arcades, tribunes, triforium et fenêtres hautes, les tribunes devenant ainsi l'une des caractéristiques principales des années 1140-1180 comme aux cathédrales de Laon, Noyon, Saint-Germer-de-Fly et bien que remanié à Senlis... Les apports de Sens sont compris plus vite que ceux de Saint-Denis. La cathédrale de Sens va avoir davantage de répercussions et rapidement de nombreux édifices vont suivre son exemple, au nord de la Loire dans un premier temps.

La cathédrale de Laon présente encore une forme « archaïque » en conservant une élévation à quatre niveaux, dont des tribunes. Le contrebutement de la nef, malgré des voûtes sexpartites et une alternance piles fortes / piles faibles, n'est pas encore pleinement résolu.

Le gothique classique : Chartres contre Bourges 1180-1230

Dès l'époque de Philippe-Auguste, à la fin du XIIe siècle, la monarchie française s'affirme avec une expansion de son pouvoir et de son territoire : faisant suite à sa rivalité avec les Plantagenêts, l'Aquitaine et la Normandie sont rattachés à la France dès le début du XIIIe siècle, l'achèvement de la croisade des Albigeois, en 1229, se termine par l'annexion du comté de Toulouse en 1271. Le Saint Empire romain germanique perd également son prestige au profit du Roi de France à la suite de la bataille de Bouvines. La France s'impose ainsi comme la première puissance de l'occident chrétien qui se manifestera par les deux croisades du règne de Saint-Louis et la fondation à Paris de la première université d'Europe. 

Le gothique classique ouvre ce qu'on appellera au XVIIIe siècle, le « Siècle des cathédrales » : il correspond à la phase de maturation et d'équilibre des formes (fin XIIe siècle-1230 environ). Des centaines d'églises sont construites ou modifiées dans les villes et villages ou pour les monastères en tenant compte des nouveaux principes dès la fin du XIIe siècle. Dans les cathédrales, le rythme et la décoration se simplifient et l'architecture s'uniformise : l'élan vertical est de plus en plus prononcé tandis que l'arc boutant, qui enjambe les bas-côtés pour transmettre la poussée de la voûte centrale, devient un organe essentiel. Son utilisation systématique permet à Chartres, la création régulière grâce à la voûte sexpartite et l'abandon du principe de piles alternées très marqué à Sens. C'est dans le domaine royal de la dynastie capétienne en pleine affirmation que le style trouve son expression la plus classique.

Pour cette période, on commence à connaître le nom des architectes, notamment grâce aux labyrinthes (Reims). Les maîtres d'œuvre rationalisent la production en ayant progressivement recours à la préfabrication des pierres de taille en carrière, et à la standardisation des modules de maçonnerie. La mise au point des arcs-boutants permet de supprimer les tribunes qui jusqu'alors jouaient ce rôle. Les autres pays d'Europe commencent à s'intéresser à cette nouvelle forme architecturale comme en Angleterre à Cantorbéry et Salisbury ou en Espagne à Tolède et Burgos.

Les historiens de l'art envisagent très tôt le projet ambitieux de la cathédrale de Chartres comme étant le prototype du gothique classique : c'est le modèle chartrain où l'on va rechercher l'équilibre entre les lignes verticales et les lignes horizontales ainsi que la planitude des murs.

La construction de la cathédrale chartraine s'inscrit dès 1194 dans un contexte d'émulation générale faite d'échanges et de transferts d'expérience : rendu possible grâce au perfectionnement du contrebutement et à la meilleure maîtrise de la croisée d'ogives, on sacrifie les tribunes si caractéristiques des années 1140-1180. Le grand vaisseau adopte désormais une élévation à trois niveaux : grandes arcades, triforium et fenêtres hautes. De l'étagement sur un seul plan, on obtient une planitude nouvelle de la paroi murale.

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Cathédrale de Chartres

La cathédrale gothique type présente une façade dite « harmonique », c'est-à-dire encadrée de deux tours symétriques. Sa composition extérieure reflétant ses dispositions intérieures, elle montre trois portails richement ornées ouvrant sur une nef et deux bas-cotés ou, exceptionnellement, comme à Bourges, cinq portails correspondants à cinq vaisseaux. Au-dessus, elle est percée d’une grande rose ou alors d’une immense verrière en tiers-point. Une galerie coupe horizontalement l’élévation ; ajourée de niches habitées par les statues des rois et prophètes de l’Ancien testament, elle est dite « galerie des rois ».

La façade harmonique parfaite est cependant assez rare. Si l’on compte celles à tours inachevées, dissymétriques ou terminées postérieurement à l’époque gothique, seule une quarantaine de cathédrales en Europe montrent une telle disposition. Cette façade constitue déjà la première page d’un gigantesque livre d’histoire religieuse, proposant au fidèles de découvrir l’Ancien testament gravé dans la pierre des portails.

Cette élévation à trois niveaux ne sera pourtant pas reconnue comme un acte fondateur du gothique classique. C'est bien la transformation de la perception des volumes et de l'espace intérieur par la planitude des murs et par cet équilibre nouveau entre les lignes verticales et les lignes horizontales qui marquera une réelle avancée. L'esthétique définie aura une grande postérité. Le modèle chartrain sera non seulement repris à Reims et à Amiens, mais également à l'étranger, en Angleterre d'abord, dans les cathédrales de Cantorbéry et Salisbury, puis en Espagne à Burgos et plus tard dans le Saint Empire romain germanique, à la cathédrale de Cologne.

Face au modèle chartrain, la cathédrale de Bourges, dès 1195, représente une autre esthétique : contrairement à la cathédrale de Chartres, les effets recherchés sont essentiellement des jeux de volumes avec une perspective longitudinale et un profil pyramidal.

Henri de Sully, archevêque de Bourges fait une donation au chapitre de la cathédrale de Bourges pour la construction d'un nouvel édifice. L'archevêque est frère de Eudes de Sully, évêque de Paris, d'où une similitude de plan et d'élévation avec la cathédrale Notre-Dame de Paris. Si l'idée d'un double déambulatoire est reprise, le transept est ici supprimé, contribuant à la sensation d'unité de l'espace et de longueur de l'édifice, totalement dépourvu de l'axialité appuyée qui caractérise le modèle chartrain. Nouveauté de l'époque, toutes les moulures et les chapiteaux ont la même hauteur, avec deux diamètres seulement de colonnettes, quelle que soit leur position dans l'édifice. Si comme à Chartres, les tribunes sont sacrifiées pour une élévation à trois niveaux, on reste pourtant fidèle comme à Paris, à la voûte gothique sexpartite, ce qui entraîne dans la nef centrale, l'adoption d'une alternance de piles faibles et fortes qui sera habilement dissimulée par la présence de huit colonnettes engagées sur un cylindre. Cette plasticité se maintiendra d'ailleurs en Bourgogne, à Saint-Étienne d'Auxerre ou à Notre-Dame de Dijon.

L'effet obtenu surprend aussi bien par l'absence de transept que par une ouverture visuelle sur le double bas-côté se prolongeant autour du chœur : en résulte une perspective longitudinale avec une impression d'immense espace intérieur libéré de tout cloisonnement et dont les volumes ouvrant les uns sur les autres entrent en totale opposition avec le modèle chartrain qui met surtout l'accent sur la hauteur et l'axe menant au chœur. On aboutit ainsi au profil pyramidal de la coupe transversale, les cinq nefs étant hautes respectivement de 9 mètres, 21,30 mètres et 37,50 mètres depuis les bas-côtés extérieurs jusqu'à la nef centrale. En complément, le modèle de Bourges offre une recherche nouvelle sur la lumière : les collatéraux intérieurs, dotés de triforiums, ont une élévation à trois niveaux et la disposition des nefs, chacune pourvue de fenêtres hautes, permet d'apporter un éclairage latéral s'additionnant à celui du sommet de la nef centrale et du chœur.

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Cathédrale de Bourges

Malgré toutes ces innovations, le modèle de Bourges aura peu de postérité : il ne sera seulement repris qu'à Saint-Julien du Mans, remanié à Saint-Pierre de Beauvais et ne se retrouvera à l'étranger qu'à Sainte-Marie de Tolède.

Le gothique rayonnant : 1230-1380

Encore une fois, ce style est né à Saint-Denis avec la réfection des parties hautes du chœur de l'abbatiale en 1231. Il s'impose réellement à partir des années 1240 ; les édifices alors en chantier prennent immédiatement en compte cette nouvelle « mode » et changent partiellement leur plan. Le gothique rayonnant va se développer peu à peu jusqu'en 1350 environ, et se répandre dans toute l'Europe avec une certaine homogénéité. Des architectes français seront employés jusqu'à Chypre ou en Hongrie.

Les églises deviennent de plus en plus hautes. Sur le plan technique, c'est l'utilisation d'une armature de fer (technique de la « pierre armée ») qui permet des bâtiments aussi vastes et des fenêtres aussi grandes.

Les fenêtres s'agrandissent jusqu'à faire disparaître le mur : les piliers forment un squelette de pierre, le reste étant de verre, laissant pénétrer une lumière abondante. La surface éclairée est encore augmentée par la présence d'un triforium ajouré comme à Châlons. À Metz, la surface vitrée atteint 6 496 m2. Les fenêtres sont en outre caractérisées par des remplages d'une grande finesse qui ne font pas obstacle à la lumière, fondés sur l'exploitation de figures simples tracées au compas fournissant des figures lobées à trois, quatre, cinq découpes ou plus. La rose, déjà très utilisée auparavant, devient un élément incontournable du décor.

On notera aussi une certaine unité spatiale : les piliers sont tous identiques ; la multiplication des chapelles latérales permet aussi d'agrandir l'espace de la cathédrale.

Le pilier est le plus souvent fasciculé, c'est-à-dire entouré de multiples colonnettes rassemblées en faisceau. Contrastant avec la tendance du pilier fasciculé, tout un groupe de cathédrales et grandes églises adoptent cependant des piles cylindriques à l'imitation de la cathédrale Saint-Étienne de Châlons.

Le XIVe siècle est un siècle marqué par les problèmes économiques et une crise agricole liée au début du Petit âge glaciaire. Divers troubles sociaux éclatent non seulement à Paris, avec les bourgeois menés par le prévôt Étienne Marcel mais également dans le monde paysan avec la Jacquerie ou dans les milieux artisanaux déjà structurés de la Flandre. À ceci s'ajoute la peste noire qui décime le tiers de la population européenne alors que la guerre de Cent Ans monopolise les financements et installe l'insécurité, ne favorisant plus les réalisations coûteuses. La frénésie de construction entamée au XIIIe siècle perd nettement de son souffle. Il y a d'ailleurs davantage de restaurations. On se contente souvent d'ajouter des chapelles entre les contreforts des bas-côtés : avec le développement de la devotio moderna, elles sont construites et décorées aux frais d'un donateur, d'une confrérie ou d'un particulier.

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Cœur de la basilique Saint-Urbain de Troyes

Les réalisations de cette époque sont encore qualifiées de rayonnante sans que rien de précis ne vienne justifier cette appellation. Abandonnant l'art monumental, on note une miniaturisation dans la sculpture où les thèmes profanes se développent. On découvre le réalisme et la sculpture devient progressivement indépendante de son support. L'aspect purement décoratif est de plus en plus recherché et si l'esprit de raffinement l'emporte sur la simplicité robuste, l'évolution stylistique reste pourtant mesurée, sans doute liée à la baisse du nombre de constructions.

Le Midi semble plus créatif que les vieux foyers septentrionaux dont les édifices les plus marquants ont été élevés un siècle plus tôt : les réalisations de la famille de Jean Deschamps restent prépondérantes comme à Narbonne, Rodez, Carcasonne, Clermont ou Bordeaux. Au nord, des chantiers d'envergures se développent toutefois à Saint-Urbain de Troyes et sur la façade de la cathédrale de Strasbourg.

Certaines innovations qui seront importantes au siècle suivant, se font déjà jour : l'évolution générale se fait vers un évidement extrême des murs et le chapiteau étant progressivement abandonné, les nervures des voûtes viennent alors se prolonger directement dans les colonnettes des piliers (Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne). Le désir de multiplier les lignes ascendantes conduit à diminuer le diamètre des colonnes engagées qui tendent à se confondre avec de simples moulures. La base des piliers dont la scotie est supprimée, prend à la fin de la période, l'allure d'une assiette renversée.

Le triforium ajouré en claire voie, généralisé dès le milieu du XIIIe siècle, se voit réduit par l'espace croissant réservé à l'ouverture des fenêtres hautes. Cette évolution est visible dans la technique de l'arc-boutant : on s'aperçoit que la seule partie qui travaillent sont l'extrados qui transmet la poussée des voûtes et l'intrados qui la soutient. Les parties intermédiaires et les écoinçons, se voient ainsi de plus en plus évidés, ajourés de rosaces ou de trèfles à quatre lobes (Saint-Urbain de Troyes).

Le gothique international : l’âge des princes, 1380-1420

Alors que les conditions sont difficiles en France, les grands ducs se disputent le pouvoir. Dès 1405, la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons est telle qu'elle conduit à l'intervention étrangère et au Traité de Troyes de 1420 par lequel, à peine conscient, le roi déshérite son fils Charles VII au profit du roi d'Angleterre Henri V.

Parallèlement, la crise pontificale qui touche le catholicisme aboutit au Grand Schisme d'occident (1378-1417), divisant pendant quarante ans la chrétienté catholique en deux courants rivaux tout en laissant les fidèles sans véritable guide spirituel. Deux successions pontificales simultanées, l'une à Rome et l'autre à Avignon, provoquent alors une crise profonde du sentiment et de la pensée religieuse : malgré leur élection, chaque tenant en titre étant qualifié d'antipape par ses adversaires.

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Palais comtal de Poitiers

Au milieu de cette tourmente, pourtant, un certain nombre de princes tels que les frères du roi, Jean de Berry, Louis d'Anjou et Philippe le Hardi se comportent en grands mécènes : au temps des souverains va succéder celui de l’âge des princes. Se dressent alors de somptueuses résidences où la décoration souvent remarquable témoigne d'un progrès des aménagements intérieurs déjà esquissés sous Charles V.

Au cours de ce mouvement, les cours européennes les plus puissantes cherchent également à s'étonner les unes les autres à travers leurs constructions, dans le seul but d'affirmer leur pouvoir. Celui-ci impose une nouvelle esthétique en faisant appel à une génération d'artistes tous très jeunes. La mobilité d'architectes de renom, dont le prestige dépasse les frontières de la France, permet de diffuser en retour les innovations artistiques du temps, effaçant pour un temps, les spécificités nationales, créant ainsi un style international. Charles IV à Prague, les frères de Charles V, les papes à Avignon ou encore les Visconti à Milan, interviennent désormais directement sur l'activité artistique, d'où le terme de style aristocratique. Cette recherche nouvelle d'élégance précieuse annonce d'ailleurs les commandes futures de bourgeois enrichis au cours du XVe siècle. Dès cette époque, l'intervention du monde laïque commence d'ailleurs à déterminer les axes de l'évolution des formes qui deviennent tributaires des commanditaires.

Au cours de cette période, si l'architecture gothique, désormais au service de la propagande politique, reste fidèle au formes du XIVe siècle, elle s'engage pourtant sur des voies audacieuses dont les éléments nouveaux, au rôle déterminant, seront pleinement exploité au siècle suivant.

Entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle, le gothique international est une phase transitoire de l'art gothique témoignant de la proximité de caractères présents dans l’art de régions parfois fort éloignées, de l’Europe occidentale. Pouvant s'exprimer à l'échelle d'une cité, c'est un art brillant pliant les formes traditionnelles de l'architecture au rythme d’une écriture souple, tout en privilégiant les courbes et le raffinement : art de cour, il témoigne du goût prononcé de la société princière, pour les fastes et le cérémonial. 

La guerre de Cent Ans et le grand schisme d'Occident provoquent la désagrégation progressive du mécénat religieux et royal, si présents durant le Moyen Âge et qui tend jusqu'alors à maintenir des écoles locales. Désormais, ce sont les princes qui s'attachent à leur service un nombre croissant d’artistes, d'architectes ou de sculpteurs portant alors le titre de « valet de chambre » de l’hôtel du prince. Celui-ci n’implique pas par lui-même de fonction particulière, mais indique que l'artiste possède un rang et en reçoit une pension, tout en restant libre de répondre aux commandes d'autres cours princières. Ces artistes sont donc aussi hommes de cour et en adoptent l’esprit. La mobilité d'architectes de renom, dont le prestige dépasse les frontières de la France, permet de diffuser en retour les innovations artistiques du temps, avant que l'affirmation de systèmes corporatifs stricts du début du XVe siècle, ne réaffirment les spécificités nationales.

À Prague, l'Empereur Charles IV, qui a opté dans un premier temps pour une conception française en faisant appel à Mathieu d'Arras, à la cathédrale Saint-Guy, y renonce, au profit d'une conception révolutionnaire. Peter Parler à la fin du XIVe siècle, abandonne le principe de la travée pour une conception unitaire du volume, affirmée par le dessin du triforium et surtout par le mode de couvrement. Cette dominante monumentale marque l'ensemble de la production. Elle apparaît avec netteté dans le domaine de la sculpture où l'on abandonne la formule éclatée de la première moitié du siècle pour accompagner à nouveau l'architecture. La conséquence en est une conception plastique qui rejoint celle du début du XIVe siècle mais qui demeure originale.

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Cathédrale Saint-Guy, Prague

Dès les années 1380, le mécénat de Jean Ier de Berry, frère de Charles VI, s'illustre par l'édification de bâtiments d'aspect monumental, déjà marqués par les débuts de l'art gothique flamboyant dont l'architecte Guy de Dammartin est un des initiateurs : dans la Sainte-Chapelle de Riom, le remplage des fenêtres forment des courbes et des contre-courbes, articulées en soufflets et mouchettes, ce qui en fait l'un sinon le premier exemple ce nouveau style. Au Palais comtal de Poitiers, la reconstruction de la Tour Maubergeon est l'occasion pour l'architecte d'adopter une traduction monumentale du nouveau style flamboyant afin de réaliser pour le prince, un édifice hautement symbolique, offrant à la ville l’image d’une tour à l’architecture raffinée et porteuse d’un message iconographique fort. Au premier étage, l’ancienne salle du sénéchal, transformée en une « salle à parer », manifeste cet abandon progressifs des chapiteaux, réduit ici à une simple moulures. L'ogive peut pénétrer alors sans interruption dans la colonne qui la supporte. Les piliers octogonaux se modèlent d'arêtes à angles vifs, montant alors d'un seul jet depuis le sol jusqu'à se fondre dans les voûtes. Faisant le lien avec ces travaux, Jean de Berry fait reprendre le pignon sud de la Grande Salle qui est en connexion avec la Tour Maubergeon : on reconstruit l’estrade noble surmontée d'une triple cheminée monumentale, créée pour l'occasion, composée d'un triple conduit extérieur détaché du mur. Ses dimensions monumentales, 10 m de long sur 2 m, manifestent de cette monumentalité recherchée à l'époque en provoquant l'étonnement. 

Dernier vestige de l'hôtel des ducs de Bourgogne, la Tour de Jean-sans-Peur, est construite entre 1409 et 1411 à la demande du duc de Bourgogne, après l’assassinat de Louis Ier d'Orléans, frère cadet du roi Charles VI. À la suite de son accession au duché, Jean-sans-Peur souhaite marquer symboliquement sa prise de pouvoir par la construction de cet hôtel, en réalisant un grand escalier à vis, inspiré de celui construit sous Charles V au Louvre. Typique de cet style aristocratique, les dernières innovations architecturales y sont utilisées au service de la propagande politique. L'élimination progressive du chapiteau, observé à Narbonne puis au Palais comtal de Poitiers, a favorisé peu à peu la comparaison entre la colonne et le tronc d'arbre dont les nervures évoqueraient des branches. Cette analogie qui s'exprime clairement dans le décor végétal de cette voûte d'escalier, n'est pourtant pas gratuite puisqu'elle n'est reprise qu'à des fins héraldiques. Chaque plante représentée symbolise ainsi un membre de la famille de Bourgogne : si d'un pot central, partent des branches de chêne sur lesquelles grimpe du houblon, rejointes par des branches d'aubépine naissant des murs, le chêne ne représente rien d'autre que Philippe le Hardi, l’aubépine, sa femme Marguerite d’Artois et le houblon, Jean sans Peur leur fils.

Dans le mécénat de Louis d'Anjou, troisième frère de Charles V : si les mêmes tendances flamboyantes de Riom sont reprises au niveau des remplages de la chapelle du château d'Angers, la vraie nouveauté s'exprime lors de la reconstruction du château de Saumur, surnommé « château d'amour » par le roi René. Dans un contexte civil, la multiplication nouvelle des ornements de couronnement et le percement de fenêtres dans les courtines du château fort, véhicule une notion inédite de luxe alors que l'abondance des ouvertures et des motifs architecturaux participe à la féerie du château.  

La dominante monumentale marquant l'ensemble de la production artistique de l'époque dont la sculpture, apparaît avec netteté lorsque Philippe le Hardi, fait appel en 1383, au maître d’œuvre Claus Sluter pour réaliser, prés de Dijon, le chantier de sa Chartreuse de Champmol. Les quelques éléments sculptés qui nous sont aujourd'hui parvenus, montrent cette volonté d'accompagner à nouveau l'architecture. Par ailleurs, la Vierge à l'enfant au pilier central du portail, reflète la tradition de l'époque sous influence flamande : jambe d'appui et jambe libre, drapé en volutes, sensation de tension, d'énergie et de « dialogue » entre la Vierge et son enfant.

Le Gothique flamboyant : 1420-début XVIe siècle

À partir du XVe siècle, la reprise de l'activité artistique de chacune des grandes capitales européennes, se fait sentir dans tous domaines, avec cependant, une nette prédominance pour l'architecture. À nouveau, c'est elle qui retient l'attention générale en provoquant la réunion d'artistes tels que Jean de Beauce, les frères Grappin, Simon Moycet puis Martin Chambiges. Reprenant les innovations artistiques apparues lors du gothique international, l'affirmation des systèmes corporatifs stricts du début du XVe siècle, réaffirment dès lors les spécificités nationales.

En France, alors que le roi Charles VI meurt de sa folie, son fils Charles VII, ne peut se faire sacrer à Reims, alors sous contrôle anglais. Faute de soldats, il se retrouve d'ailleurs dans l'incapacité de reprendre le contrôle de la totalité du territoire et n'hérite en 1422, que d'un petit morceau du royaume de France, alors partagé en trois parties : le duché du duc de Bedford qui règne depuis les terres anglaises, le duché de Bourgogne et le royaume dit « de Bourges » de Charles VII.  

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Sainte-Chapelle de Vincennes

À la suite de l'intervention de Jeanne d'Arc, la tendance s'inverse pourtant. Après avoir délivré Orléans, assiégée par les Anglais, elle redonne de l'espoir et du courage aux partisans de Charles VII. Traversant les terres anglo-bourguignonnes, la Chevauchée vers Reims permet au roi de confirmer sa légitimité en se faisant sacrer à Reims le dimanche 17 juillet 1429. Dès lors en position de force, Charles VII parvient, au cours du Traité d'Arras de 1435, à renverser l'alliance entre les ducs de Bourgogne et de Bedford à son avantage. Dès 1444, il peut signer la Trêve de Tours, première étape vers la fin de la guerre de Cent Ans qui s'achèvera à la Bataille de Castillon en 1453. Son fils Louis XI lui succède en 1461, c'est un homme complexe et un fin diplomate qui saura imposer son pouvoir et régner sur un vrai royaume. Mais, trop occupé à unifier la France, il ne sera pas un grand commanditaire, laissant les grands feudataires du royaume et quelques grands bourgeois, dont Jacques Cœur, assumer ce rôle.

Cette fin des hostilités avec l’Angleterre, amène à la reconstruction d’un pays meurtri. Elle touche les campagnes, et les villes, dont les bâtiments, jusque-là de bois, sont désormais en pierre. Signe des temps, l'architecture des bâtiments est souvent monumentale : il y a une volonté affichée d'éblouir et de marquer la puissance urbaine retrouvée à cette époque par des emprunts au vocabulaire architectural des édifices religieux.

Appelé parfois abusivement « gothique tardif » ou « gothique baroque », le gothique flamboyant est probablement apparu en Angleterre, dès le milieu du XIVe siècle. En France, c'est à la Sainte-Chapelle de Riom, dans les années 1380, que Guy de Dammartin se fait l'un des initiateurs de ce nouveau style. On en voit également les prémices, à Paris, lors de l'édification, à la même époque, de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (reconstruite au XIXe siècle) et lors de la réalisation de la rose de la Sainte Chapelle de Vincennes. La Champagne restée un temps en retrait, se plie au nouveau style lors de l'arrivée, vers 1450, de maîtres maçons tels que Florent Bleuet, actif à Troyes et à la basilique Notre-Dame de l'Épine.

Historiquement, le style gothique flamboyant, aboutissant à la phase transitoire du Style Louis XII, peut être considéré comme la dernière manifestation d'un art du Moyen Âge, s'opposant d'une certaine manière au mouvement qui, amorcé dès le concours du dôme de Florence en 1418, distingue une école d'architecture proprement italienne, donnant lieu à la Première Renaissance.

Par rapport à la période précédente, la structure des édifices reste la même ; mais leur décor évolue vers un ornementation exubérante, caractérisé par une grande virtuosité dans la stéréotomie (taille de la pierre). La technique de la « pierre armée » de la période rayonnante fait place à la « pierre taillée » : cela explique par exemple que les rosaces soient de dimensions plus modestes, même si elles se font plus aériennes reposant sur des structures plus légères comme dans la Sainte-Chapelle de Vincennes.

Les façades flamboyantes présentent la caractéristique d'être ouvragées sur plusieurs plans, dont la surcharge décorative, recouvrant les surfaces de leurs motifs va parfois jusqu'à étouffer la sculpture et diluer les lignes de l'architecture. Les motifs curvilinéaires, les arabesques développées en courbes et contre-courbes dominent désormais les remplages, en évoquant, comme disait Michelet « des flammes, des cœurs ou des larmes ». Parallèlement, la brisure des arcs s'assouplit, s'abaisse progressivement en anse de panier ou se redresse en accolade surmontés de gables comme dans les réalisations de Jean de Beauce à la Trinité de Vendôme, ou d'arcs en cloches.

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Maison des Têtes, Valence

Le même esprit inventif présidant le style gothique flamboyant se manifeste dans les plans et les élévations des églises, tantôt à nef unique, tantôt à trois vaisseaux d'inégale hauteur, tantôt églises-halles.

À l'intérieur des édifices du XVe siècle : l’élévation est souvent réduite à deux niveaux. Les grandes arcades s’allongent encore, surmontées de triforiums soit aveugles ou alors incorporés en tant que claires-voies aux fenêtres hautes, dont ils ont les mêmes meneaux verticaux.

À partir d'une réflexion sur les monuments du XIIIe siècle, on aboutit à une remise en cause des recherches sur la transparence et sur la lumière et à un retour à la muralité : s'il est vrai que les murs tendent parfois à disparaître en une immense verrière, à la suite de la dimension croissante des fenêtres à réseaux flamboyants, ils peuvent également reprendre de l'importance entre les ouvertures pour permettre un éclairage diffus car la spatialité évolue désormais à travers une recherche de fusion entre les volumes et la lumière. Les grandes arcades qui ne récusent plus une certaine muralité, créent de ce fait, un espace intermédiaire qui permet par une ornementation et un éclairage différenciés, de définir des espaces sociaux et culturels privilégiés.

Les chapiteaux sont parfois réduits à des bagues décoratives, ou disparaissent, laissant les moulures de l'ogive pénétrer sans interruption dans la colonne qui la supporte. Les piliers qui se creusent, ondulent en spirales ou se modèlent d'arêtes à angles vifs, montent alors d'un seul jet depuis le sol en se fondant aux voûtes. Un type très répandu, notamment dans l'Est de la France, est le pilier rond lisse, de forme archaïque, sans chapiteau, et qui reçoit sur son fût les nervures à des niveaux différents. Cet épanouissement des nervures, apparu dès le gothique international, évoque l'image d'un palmier. En général, les multiples colonnettes qui flanquent les piliers sont remplacées par des nervures prismatiques tendant à se fondre avec le mur tandis que leur base prend des formes diverses : buticulaires, torsadées ou encore évoquant la forme de flacons polygonaux.

La travée n’apparaît plus désormais comme l’élément fondateur du volume intérieur : cette dominante monumentale marque l'ensemble de la production du XVe siècle. Elle apparaît avec netteté dans le domaine de la sculpture où l'on abandonne la formule éclatée des siècles précédents pour accompagner à nouveau l'architecture. Dès l'époque du gothique international, Peter Parler avait abandonné à Saint Guy de Prague, le principe de la travée pour une conception unitaire du volume, affirmée par le dessin du triforium et surtout par le mode de couvrement. La conséquence en est une conception plastique qui rejoint celle du gothique rayonnant mais qui demeure originale. Si la structure des voûtes sur croisée d'ogives ne disparaît pas comme en Angleterre, le couvrement se complique, avec l’apparition de liernes et de tiercerons. Les nervures alors se multiplient, s'entrecroisent, se recoupent avec une grande fantaisie, tout en s'enrichissant comme sur les voûtes de la chapelle du Saint-esprit de Rue, de clefs pendantes appelés cul-de-lampe, véritable prouesse technique.

En France, les continuations de ce style qualifiées de « gothique tardif », aboutissent, dès 1495, à une phase transitoire appelée Style Louis XII, intégrant peu à peu des éléments italiens, dont l'aboutissement sera l'acceptation totale, vers 1530, de la Première Renaissance. Dans certaines régions pourtant, telles que la Lorraine, la Bretagne ou la Normandie, le style gothique flamboyant peut subsister jusqu'à la fin du XVIe siècle. Il est alors imputée à un certain traditionalisme, concernant tout particulièrement les éléments décoratifs. Ses derniers feux ne s'éteindront d'ailleurs qu'au cours des XVIIe-XVIIIe siècles, dans un mouvement appelé le « Gothique des temps modernes » : c'est ainsi que la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans qui, détruite en 1599 par les huguenots, sera reconstruite dans le style gothique flamboyant d'origine.  

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Hôtel des Archevêques de Sens

À la même époque, l'Angleterre développe une expression architecturale particulière, appelée gothique perpendiculaire. Apparu dès le milieu du XVIe siècle au cloître de Gloucester, ce courant du gothique est marqué par les réalisations de Thomas de Cambridge. Certaines régions germaniques, quant à elles, préfèrent se tourner vers un gothique particulièrement sobre, aux surfaces blanches subtilement fragmentées en formes géométriques polygonales. L'Albrechtsburg de Meissen, réalisé par Arnold de Westphalie, ainsi que de nombreux édifices de Slavonice, aujourd'hui en République tchèque, expriment clairement cette nouvelle recherche.

Le style Louis XII : transition entre art gothique et Première Renaissance, 1495-1530

Le style Louis XII (1495 à 1525/1530) est un style de transition, un passage très court entre deux époques éblouissantes, la période Gothique et la Renaissance. Il qualifie une époque où l'art décoratif partant de l'arc ogival et du naturalisme gothique s'acheminera vers le plein cintre et les formes souples et arrondies mêlés de motifs antiques stylisés typiques de la Première Renaissance : il y a encore beaucoup de gothique au château de Blois, il n'y en a plus au tombeau de Louis XII à Saint-Denis.

Dès 1495, une colonie d'artistes italiens est installée à Amboise et travaille en collaboration avec des maîtres maçons français. Cette date est généralement considérée comme étant le point de départ de ce nouveau mouvement artistique. D'une façon générale, la structure reste française, seul le décor change et devient italien. Il serait regrettable pourtant de déterminer ce nouveau style au seul apport italien : des relations existent entre la production architecturale française et celle du plateresque espagnol et l'influence du Nord, surtout d'Anvers est notable aussi bien dans les arts décoratifs que dans l'art de la peinture et du vitrail.

Les limites du style Louis XII sont assez variables, en particulier lorsqu'il s'agit de la province en dehors du Val de Loire. Outre les dix-sept années du règne de Louis XII (1498-1515), cette période comprend la fin du règne de Charles VIII et le commencement de celui de François Ier, faisant débuter le mouvement artistique en 1495 pour le faire s'achever vers 1525/1530 : l'année 1530 correspondant à un véritable tournant stylistique, qui faisant suite à la création par François Ier, de l'École de Fontainebleau, est généralement considérée comme la pleine acceptation du style Renaissance.

Dans les travaux décoratifs de la fin de la période de Charles VIII, on observe une tendance bien marquée à se séparer de l'arc ogival pour se rapprocher du plein cintre. L'influence des réalisations de Bramante à Milan pour Ludovic Sforza est perceptible dans la partie inférieure de l'aile Charles VIII au Château d'Amboise : si la partie supérieure du bâtiment est gothique, la façade du promenoir des gardes présente telle une loggia, une série d'arcades en plein cintre qui marque des travées rythmées de pilastres lisses. En général, les formes ornementales n'ont déjà plus la gracilité particulière de l'époque ogivale, le rythme des façades s'organise de façon plus régulière avec la superposition des ouvertures en travées et la coquille, élément important de la décoration Renaissance, fait déjà son apparition.  

En architecture, l'utilisation de la « brique et pierre », pourtant présente sur les édifices dès le XVIe siècle, tend à se généraliser. Les hauts toits à la française avec tourelles d'angles et les façades à escalier hélicoïdal font perdurer la tradition mais la superposition systématique des baies, le décrochements des lucarnes et l'apparition de loggias influencées de la villa Poggio Reale et du Castel Nuovo de Naples sont le manifeste d'un nouvel art décoratif où la structure reste pourtant profondément gothique. La propagation du vocabulaire ornemental venu de Pavie et de Milan a dès lors un rôle majeur tout en étant ressentie comme l'arrivée d'une certaine modernité.

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Aile Louis XII du château de Blois

Dans cet art en pleine mutation, les jardins deviennent plus importants que l'architecture : l'arrivée à Amboise d'artistes italiens dont Pacello da Mercogliano est à l'origine sous Charles VIII de la création des tout premiers jardins de la Renaissance française grâce à de nouvelles créations paysagistes, l'installation d'une ménagerie et des travaux d'acclimatation agronomique conduites à partir de 1496 aux « Jardins du Roy » alors situés au sein du Domaine royal de Château-Gaillard. En 1499, Louis XII confie la réalisation des jardins du Château de Blois à la même équipe qui est engagée par la suite par Georges d'Amboise pour réaliser des parterres sur différents niveaux sous son Château de Gaillon.

Le style Louis XII montre que l'on veut désormais autant étonner les Français que les Italiens : c'est à partir de la fantaisie avec laquelle sont incorporées les nouveautés italiennes dans les structures encore toutes médiévales françaises que naîtra vers 1515/1520 la Première Renaissance.

Dès 1530, déclin de l'art gothique face à la Renaissance

Alors que les humanistes de la Renaissance souhaitent un retour aux formes classiques héritées de l'Antiquité, exprimant à leurs yeux un modèle de perfection, le terme « gothique » est employé pour la première fois, par Giorgio Vasari afin de désigner en 1550, avec une connotation péjorative l'art médiéval : il donne ainsi la paternité de ce style, aux peuples Goths dont les armées barbares dirigées par Alaric avaient envahi la péninsule italienne puis pillé Rome en 410.

Dans ce contexte, les recherches décoratives de la fin du style gothique flamboyant, se voient opposées à la mesure toute classicique apparue un siècle plus tôt à Florence. Pour autant, les exubérantes dentelles de pierre de Saint-Maclou de Rouen restent bien contemporaines des réflexions antiquisantes de la chapelle des Pazzi de Florence et Léonard de Vinci meurt alors que s'achève seulement la façade flamboyante de la Trinité de Vendôme.

C'est pourquoi il serait caricatural de résumer le début du XVIe siècle comme l'opposition de deux univers artistiques que tout sépare : une recherche de synthèse est même opérée en France au cours de la phase transitoire du style Louis XII, renouvelant la structure médiévale grâce aux apports italiens. Loin d'être un exemple isolé, ce phénomène s'illustre jusqu'en Italie même, où le chantier de la cathédrale de Milan prolonge à l'envi le décor gothique jusqu'au seuil du XVIIe siècle. C'est d'ailleurs presque à regret que les raffinements gothiques des palais vénitiens cèdent face à la Renaissance.

Si l'art gothique ne meurt pas immédiatement, à l'arrivée des premiers artistes italiens à Amboise en 1495 il n'en donne pas moins des signes de décadence. Malgré quelques beaux succès dans la première moitié du XVIe siècle, le processus transitoire du Style Louis XII, impose peu à peu les formes de la Première Renaissance. À partir des années 1515 les formes gothiques se diluent alors progressivement dans le decorum italien : c'est ainsi qu'à l'église Saint-Eustache de Paris, une ornementation classicisante vient masquer la structure gothique. Si à l'exemple de la cathédrale du Havre ou de la collégiale d'Aire-sur-la-Lys, certains édifices achevés à la fin du XVIe siècle subissent de plein fouet les influences de l'art de la Renaissance, ils n'en restent pas moins gothiques par leur architecture.  

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Cathédrale Notre-Dame du Havre

Malgré ces survivances, le coup fatal est donné en 1526 avec la création par François Ier de l'École de Fontainebleau : cette nouvelle vague d'artistes italiens, plus nombreux qu'auparavant, a une grande influence sur l'art français en créant une véritable rupture de par les innovations de ces artistes, aussi bien dans la décoration intérieure que dans l'application plus savante des ordres antiques en architecture. Les architectes qui, à l'époque du style Louis XII et de la Première Renaissance, sont des maîtres-maçons traditionalistes et pleins de verve, deviennent à partir des années 1530 des savants et des lettrés. Parmi les plus célèbres, on peut citer Philibert Delorme, Pierre Lescot, Jean Bullant, Jean Goujon... S'opère alors un véritable tournant stylistique, généralement considéré comme la pleine acceptation de la Renaissance, préférant la beauté des lignes à la richesse de l'ornementation.

Le dédain pour l'art gothique va alors croissant car on ne comprend plus ses formes. Son rejet est tel qu'on projette même de détruire la cathédrale Notre-Dame de Paris pour la remplacer par un nouvel édifice plus moderne...  

Le Gothique des temps modernes : XVIIe et XVIIIe siècles

Les réalisations de style Gothique aux XVIIe et XVIIIe siècles sont surprenantes, incongrues et dérangent nos habitudes de classifications. Durant cette période pourtant, il arrive en milieu rural qu'une église ou qu'une petite chapelle soient édifiées dans un style gothique tardif : par exemple la chapelle Saint-Samson de Trégastel, dont le chantier entrepris à la fin du XVIe siècle, ne sera achevé que vers 1630, ou encore au début du XVIIIe siècle, le projet de Guillaume Hénault pour les Célestins d'Orléans en style gothique flamboyant. La survivance de ce style est alors imputée à un certain traditionalisme, pour ne pas parler d'archaïsme. Mais en milieu urbain, où les constructeurs ont le choix et connaissent ce qui se fait de mieux, le choix de bâtir dans un style gothique démodé paraît plus surprenant. Si les chantiers de cette période, font souvent suite aux destructions survenues lors des guerres de religion, le recours presque systématique au style gothique paraît curieux. 

Un exemple. À la Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes, si la façade est achevée dès la fin du XVe siècle, puis les tours en 1508, la nef et les collatéraux restent inachevés à partir du début du XVIe siècle, laissant un chantier ouvert. Pour autant, les travaux reprennent dans le bras sud du transept, en plein cœur du XVIIe siècle, dans une volonté de poursuivre les croisées d'ogives à arcs-boutants de la nef, et de respecter son ornementation gothique. L'édifice ne sera toutefois achevé que dans le courant du XIXe siècle. Une fois encore, à Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes, les réalisations du XVIIe siècle n’altèrent en rien ni la qualité, ni la cohérence du style gothique initial, même si on note une interprétation classicisante des sculptures médiévale lors des réalisations modernes de l'édifice.

On peut conclure que la volonté de continuer les édifices dans le style gothique initial, même avec des aménagements au goût du jour, a pu vouloir affirmer la continuité de l'église, dans des régions très marqués par le protestantisme, à travers la cathédrale, édifice majeur et symbolique du monde catholique. Du reste, l'architecture gothique devient dès cette époque, sous l'influence d'historiens et d'architectes tels que Soufflot, le symbole même de l'église en France. 

Au XIXe siècle, le romantisme réhabilite le gothique : le néo-gothique

La construction d'édifices caractéristiques de l'architecture gothique n'a donc pas complètement cessé au XVIe siècle, tant en France qu'en Angleterre ou même en Italie. En Angleterre, l'architecte baroque Christopher Wren construisit la Tom Tower pour le collège de Christ Church (Oxford) et son étudiant Nicholas Hawksmoor ajouta les tours occidentales à l'abbaye de Westminster, toutes en style gothique en 1722.

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Palais de Westminster, Londres

Lorsqu'au XVIIIe siècle naît le mouvement romantique, l'intérêt pour l'ensemble du Moyen Âge, y compris l'architecture gothique, se développe, et ce mot perd sa connotation négative. Le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris (1831) relance l'intérêt pour les cathédrales d'Île-de-France.

Les innovations techniques permettant aux constructions de s'affranchir de certaines contraintes qui dictaient leur forme, une nouvelle architecture réinterprète son patrimoine historique, et après le néoclassique, le néogothique fait son apparition, particulièrement en Angleterre suivie par les États-Unis dans les années 1840. Ce style est utilisé pour les bâtiments nouveaux comme les gares, les musées et les édifices publics. À la suite d'Oxford, ce style connaît un grand succès dans les universités américaines, telles que Yale.

Le succès du néogothique se prolonge jusqu'au début du XXe siècle dans de nombreux gratte-ciel, notamment à Chicago et New York. En Europe, le monument le plus célèbre s'inspirant de l'héritage gothique tout en s'en démarquant très nettement dans le style organique propre à Gaudi est probablement la Sagrada Família à Barcelone (Espagne).

D'après Wikipédia