L'art roman auvergnat est une variété remarquable de l'art roman qui s'est développée en Auvergne aux XIe et XIIe siècles. Elle se caractérise par sa richesse ornementale et l'homogénéité de son style. Par extension, on y inclut la petite province du Velay qui fut souvent placée sous la même couronne comtale à cette époque.

L'Auvergne historique correspond au diocèse primitif de Clermont, lui-même calqué sur l'ancienne cité des Arvernes. Ce diocèse remonte très au nord et couvre la limagne et la montagne bourbonnaise. En 1317, il est partagé en deux avec la création du diocèse de Saint-Flour. Cette partition n'est pas à prendre en compte ici car elle est très postérieure à l'époque romane.  

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Eglise Notre-Dane de Saint-Saturnin

L'art roman de la Basse-Auvergne est dominé par un groupe d'une dizaine d'églises dites « majeures ». Toutes sont situées dans un rayon de 30 kilomètres de Clermont-Ferrand. Initialement toutes les églises présentaient probablement les mêmes caractéristiques de structure et d'ornementation, mais les églises majeures de type incomplet ont perdu certaines de ces caractéristiques à la suite de remaniements ou de restaurations.

Ce concept d'église majeure, qui est mis en avant par les historiens Louis Bréhier, André Gybal et Pierre Balme dans les années 1900 à 1970 et qui est encore repris par Bernard Craplet dans les quatre éditions de son ouvrage Auvergne romane, est aujourd'hui remis en question par certains spécialistes comme Bruno Phalip, professeur en histoire de l'art à l'université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand.

Caractéristiques des églises dites "majeures"

Les églises majeures sont caractérisées par un remarquable chevet constitué d'une disposition ascendante caractérisée par un étagement progressif des masses et des volumes. Cette disposition ascendante, qui ménage une progression jusqu'au clocher central, comporte de bas en haut :

  • le déambulatoire flanqué de chapelles rayonnantes (sauf à Saint-Saturnin) ;
  • le chœur ;
  • le « massif barlong » prolongé latéralement par les bras du transept ;
  • le clocher octogonal. 

Le chevet proprement dit des églises majeures est généralement constitué d'un chœur entouré d'un déambulatoire à chapelles rayonnantes. Le déambulatoire, qui permet de faire le tour du chœur, facilite la circulation des fidèles et des pèlerins, très nombreux à l'époque romane. Le chevet possède dans chaque cas une décoration remarquable par son abondance et sa polychromie, obtenue par l'utilisation de mosaïques de pierres comme le tuf volcanique, la lave andésite, l'arkose blonde ou le grès rosé.

Le chœur, le déambulatoire et les chapelles rayonnantes, possèdent une corniche largement débordante soutenue par des modillons à copeaux et ornée d'une frise en damier. Sous la corniche du chœur se déploie généralement une mosaïque polychrome de rosaces. Sous ces mosaïques, les fenêtres du chœur alternent avec des loges rectangulaires abritant chacune trois colonnettes. Les arcs des fenêtres du déambulatoire et des chapelles sont bordés d'un cordon de billettes et exceptionnellement surmontés de mosaïques de pierres polychromes comme à Issoire.

La silhouette caractéristique des églises romanes majeures de Basse-Auvergne est en bonne part due au « massif barlong » qui renforce l'élan vertical et l'étagement des volumes. Le « massif barlong » (« barlong » signifiant « allongé transversalement ») est le massif fortement surélevé et perpendiculaire à l'axe de l'église qui surmonte la croisée du transept et est couronné par le clocher. Il est « la traduction extérieure du contrebutement de la coupole par de hautes travées latérales en demi-berceau ». Le massif barlong auvergnat possède deux toits en appentis qui encadrent la naissance du clocher. Les faces du massif barlong sont généralement ornées d'arcatures ornées d'un cordon de billettes ou de claveaux polychromes.  

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Portail trilobé de l'église Saint-Michel d'Aiguilhe

Toutes les églises majeures possèdent un clocher octogonal mais seules les églises de Saint-Saturnin et Orcival ont conservé leur clocher d'origine, Ennezat, Menat et Thuret ayant conservé uniquement le premier étage d'origine. Chaque face du clocher octogonal est percée de fenêtres géminées ornées d'un cordon de billettes ou de claveaux polychromes. Le clocher rappelle la forme des édicules funéraires antiques. Il rappelle ainsi que l'église est un tombeau où l'homme est appelé a renaître. Le chevet lui-même rappelle cette symbolique.

Les églises majeures présentent toute la même structure des façades latérales de la nef et du transept : les fenêtres de ces façades, bordées d'un cordon de billettes, sont logées sous de grands arcs saillants appelés arcs de raidissement surmontés de triplets de baies aveugles.

Seule varie la position de la porte méridionale, qui se situe parfois au niveau de la nef et parfois au niveau du transept.

L'intérieur

Le transept présente souvent une décoration typique faite d'un triplet constitué d'une arcature surmontée d'un arc en mitre encadrée de deux arcatures surmontées chacune d'un arc en plein cintre. 

Le chœur, voûté en cul de four, est entouré de six ou huit colonnes couronnées de chapiteaux historiés supportant des arcs surhaussés surmontés d'une deuxième série de baies, alternativement ajourées et aveugles. Il est parfois entièrement polychrome, mais il subsiste généralement des traces de polychromie au moins au niveau des chapiteaux.

À l'époque, une église n'est pas considérée comme achevée si elle n'a pas reçue au minimum un badigeon de chaux sur l'enduit et les pierres de taille, en attendant la peinture. Cette peinture contribue donc à distinguer l'espace extérieur, matériel et profane, de l'espace intérieur, spirituel et sacré.

Art roman influencé par l'architecture hispano-mauresque

L'arc polylobé, caractéristique de l'architecture omeyyade du califat de Cordoue, se répand peut-être dans l'architecture romane par le biais de l'influence des pèlerins le long des grandes routes françaises du Pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.

L'arc polylobé engendre une variante appelée « arc à voussure polylobée », où les lobes ornent non pas l'intrados mais la voussure de l'arc. 

On notera également l'usage abondant de claveaux polychromes auxquels certains prêtent une origine hispano-mauresque.

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Eglise de Saint-Nectaire

Enfin certains auteurs, ont évoqué une influence de l'art arménien, a une époque ou les croisades (lancées pour la première depuis Clermont-Ferrand en 1066), permettent la fondation de royaumes croisés au moyen orient. Notamment le Comté d'Edesse fortement peuplé d'arméniens et le royaume de "Petite Arménie" en Cilicie, alliés des croisés. Ce serait ainsi lors des croisades, que la noblesse locale auraient ramené depuis les royaumes croisé des artisans dotés d'un savoir faire en "grandes églises à voute romane", telle que les arméniens en construisaient.

Par ailleurs, l'Auvergne recèle la majorité des vierges romanes de France. Ces Vierges sont généralement réalisées en bois polychrome mais parfois en plomb polychrome.

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Chevet de l'abbatiale Saint-Austremoine

 

D'après Wikipédia