L'hôtel Lutetia est un hôtel de luxe du 6e arrondissement de Paris, 45 boulevard Raspail, dans le quartier Saint-Germain-des-Près. Ouvert en 1910, il est depuis le 1er août 2010 la propriété du groupe israélien Alrov et est géré par la marque The Set. Fermé en 2014 pour rénovation conduites par l'architecte Jean-Michel Wilmotte, il rouvre ses portes le 12 juillet 2018.

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Construit en 1910 à l'initiative de Madame Boucicaut, propriétaire du Bon Marché « afin que ses importants clients de province fussent logés dans un établissement tout proche et correspondant à leur train de vie, quand ils venaient faire leurs courses à Paris », l'hôtel Lutetia est un hôtel Art nouveau comportant l'un des premiers bars de style Art déco, dont une fresque champêtre est réalisée par Adrien Karbowsky. Sa proximité avec l'Assemblée nationale et le Sénat le conduisent aussi à être prisé des parlementaires de province et des fonctionnaires coloniaux de passage à Paris. Son nom est dérivé de l'ancien nom de Paris, Lutèce, la devise (Fluctuat nec mergitur) et les armes de la ville de Paris figurant dans divers endroits de l'hôtel.

Il a été conçu par les architectes Louis-Hippolyte Boileau et Henri Tauzin. Les sculptures sont de Léon Binet, puis de Paul Belmondo. En 1912, une extension destinée à recevoir deux niveaux de salons de réception et proposer davantage de chambres est érigée par Boileau. En 1927, la cour centrale est définitivement close par l'adjonction d'une aile accueillant notamment une salle des fêtes et permettant d'agrandir la brasserie.

Situé dans le quartier Notre-Dame-des-Champs, entre Saint-Germain-des-Prés et Montparnasse, il est témoin du renouveau artistique de l'entre-deux-guerres, accueillant de nombreux peintres et écrivains (Picasso, Matisse, André Gide qui y vécut à l’année, Roger Martin du Gard, James Joyce qui jouait du piano le soir dans les salons, Samuel Beckett, Saint-Exupéry et André Malraux, en 1920, etc.). Notamment, le couple Consuelo et Antoine de Saint-Exupéry y demeure en 1936. Albert Cohen y dicte son chef-d'œuvre, Belle du Seigneur, à sa secrétaire. Y vivent également Alexandra David-Néel de retour de ses voyages en Extrême-Orient, la chanteuse Joséphine Baker accompagnée de ses enfants, ou encore Yvonne et Charles de Gaulle qui, contrairement à une légende tenace, n'y ont pas passé leur nuit de noces... C'était cependant le lieu de vie de Charles de Gaulle lorsqu'il passait à Paris, et il y séjournait au début de la Seconde Guerre mondiale, en mai-juin 1940.

À cette époque, la piscine Lutetia dépend de l'hôtel.

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Le 14 juin 1940, l'armée allemande occupe Paris. Le lendemain, l'hôtel est occupé par l'Abwehr, le service de renseignement et de contre-espionnage de l'état-major allemand, qui y installe son quartier général. Le chef de la Geheime Feldpolizei s'y installe aussi et les collaborateurs Pierre Bonny et Henri Lafont fréquentent les lieux. Des employés de l'hôtel réussissent à creuser une cache dans la cave afin d'y dissimuler de nombreux grands crus, afin qu'ils ne tombent pas aux mains des Allemands. À la Libération, le propriétaire de l'hôtel doit, pour prouver son engagement envers la Résistance, mettre à sa disposition le Lutetia. C'est aussi un choix du général de Gaulle, attaché aux lieux. L'hôtel accueille les déportés à leur retour des camps de concentration nazis. C'est Sabine Zlatin, surnommée la « dame d'Izieu », qui assure la mise sur pied du centre d'accueil, vers lequel convergent les familles à la recherche d'information sur d'éventuels proches déportés. Aujourd'hui, une plaque posée à l'extérieur de l'hôtel rappelle cet épisode. Jusqu'au début du XXIe siècle, un groupe d'anciens déportés s'y retrouve chaque mois, pour déjeuner dans la brasserie.

De 1955 à 2005, l'hôtel Lutetia est la propriété de la famille Taittinger, qui le réaménage, puis de Starwood Capital Group, un groupe d’investissement américain, de 2005 à 2010. Ce dernier le cède fin juillet 2010 au groupe israélien Alrov, société du milliardaire Alfred Akirov spécialisée dans l'immobilier. L’hôtel reste néanmoins géré par le groupe Concorde Hotels & Resorts, filiale de Starwood Capital Group. L'intérieur de la brasserie a été réalisé dans les années 1970 par Slavik et Sonia Rykiel.

En 2010, l’hôtel Lutetia fête son centenaire. Des événements sont organisés tout au long de l'année pour célébrer l’événement : soirées exceptionnelles, accueil de stars du jazz, de photographes et d'écrivains, etc.

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Propriété du groupe Alrov, le Lutétia ferme en 2014 ses portes pour quatre ans de travaux menés par Jean-Michel Wilmotte. Les parties protégées au titre des monuments historiques restent (notamment les grilles de l'entrée, les vitraux de Louis Barillet dans les étages ou encore les fresques du salon Borghese). Une pièce est aménagée afin de présenter de nombreuses photos en lien avec l'histoire de l'hôtel. La maison de ventes aux enchères Pierre Bergé & Associés, en collaboration avec la Maison de ventes aux enchères Métayer, a été chargée par la direction de l'hôtel d’orchestrer la vente d’une partie des collections de l’hôtel, réunissant plus de 3 000 pièces de mobilier et objets d’art (certains étant de César, Arman, Philippe Hiquily, Takis, Sonia Rykiel et Thierry Bisch) et environ 8 000 bouteilles de vin et spiritueux.

L'hôtel Lutetia possède 184 chambres dont 47 suites d'inspiration Art déco, parmi lesquelles les suites thématiques « Eiffel », « Littéraire », « Haute Couture » ou encore les Penthouses « Coppola » et « Saint Germain », ainsi que deux restaurants et un bar.

En 1985, l'hôtel est redécoré par la couturière et designer Sonia Rykiel. Seuls la brasserie (spécialisée dans les fruits de mer) et le restaurant gastronomique Le Paris, tous deux dirigés par le chef Philippe Renard, proposent encore le décor signature de Sonia Rykiel, qui, en complément, signe pour eux en 2009 un dessert tout chocolat. Le restaurant sert une cuisine française contemporaine préparée avec des produits de saison.

La salle du restaurant, de style Art déco, s’inspire de l'une des salles à manger du paquebot Normandie, détruit par un incendie en 1942 à New York. Un meuble à cigares en forme de femme, imaginé par le sculpteur Philippe Hiquily et baptisé Ernestine, a été remis à l’honneur avec l’ouverture d’un fumoir dans l’Ernest Bar en février 2010.

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L'Orangerie propose des brunchs dominicaux, tandis que le bar propose des soirées jazz et un piano-bar. L’hôtel compte par ailleurs dix salons de réception répartis sur 1 200 m2, un spa et un centre de remise en forme.

L’hôtel accueille de nombreuses manifestations culturelles, telles que les « samedis littéraires », pour les adultes comme pour les enfants, ou les « Délices musicaux du Lutétia » le dimanche. La bibliothèque compte d'ailleurs 1 600 ouvrages.

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D'après Wikipédia