La Maison des Têtes, située au 57 Grande Rue, dans le vieux Valence, est un fleuron de l'architecture gothique civile du début du XVIe siècle. La façade de cet ancien hôtel particulier, qui abrite le service municipal Valence, Ville d'Art et d'Histoire, offre aux passants le foisonnement de son décor sculpté. Cette maison, marquant le passage du style gothique flamboyant au style renaissance, doit son nom aux nombreuses têtes qui ornent sa façade. Des sculptures symbolisent les vents, la fortune, le temps, ou encore la théologie, le droit ou la médecine tandis que le corridor est orné de bustes d'empereurs romains.

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La Maison des Têtes a été construite entre 1528 et 1532 par Antoine de Dorne, professeur à l'Université et Consul de Valence. Il décide de son édification de retour, dit-on, d'un voyage en Italie. À sa mort en 1551, la maison passe à son fils François, conseiller au Parlement du Dauphiné, puis à la fin du XVIe siècle, elle revient par alliance à Barthélémy de Marquet. Il achève les travaux de décoration, et fait ouvrir sur le jardin trois portes sculptées, dont l'une est conservée au musée de Valence.

La maison des Têtes reste dans cette famille jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Elle a ouvert ses portes à d'illustres personnages, dont notamment Bonaparte, alors jeune lieutenant de l'école d'artillerie de Valence (1785-1786) et ami du fils Marquet.

En 1794, durant la Terreur, elle est confisquée puis vendue comme bien national à Madeleine Vernet, veuve du libraire Pierre Aurel. Par suite son fils, Joseph Marc Emmanuel Aurel, en héritera; celui-ci est appelé par Bonaparte en tant qu'imprimeur en chef de l'Armée d'Egypte.

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La Maison des Têtes change plusieurs fois de mains au cours du XIXe siècle et demeure un bien privé jusqu'à ce que, en 1980, la ville de Valence en fait l'acquisition.

La maison des Têtes est composée de quatre corps de logis, articulés autour d'une cour carrée permettant de faire entrer la lumière mais aussi de circuler. Auparavant, de chaque côté de l'édifice se trouvaient des écuries et un jardin.

À la fin du XVIIIe, au rez-de-chaussée donnant sur la Grande Rue, est percé un arc de boutique faisant ainsi disparaître les trois ouvertures alors existantes. Seule subsiste aujourd'hui la porte d'entrée ouvrant sur le corridor. Pleinement gothique, elle est pourvue d'une menuiserie Louis XIV. Le décor de la façade, dans un style gothique flamboyant, fait coexister jeux de courbes et de contre-courbes, alliant larmiers cordés, fenêtres à faisceaux de moulures, figures fantastiques rampantes, motifs feuillagés sur les arcs en cloche et gâbles découpés pour les ouvertures (premier étage).

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Viennent se jouer en contre-pied, dans un style renaissance italienne, les neuf figures en médaillon du rez-de-chaussée, les quatre têtes joufflues des Vents et les deux statues de demi-grandeur au pourtour des ouvertures du premier étage (à gauche la Fortune, à droite le Temps). Vraisemblablement ce décor exubérant devait s'étendre à l'ensemble des deux façades, comme l'indique la tête du vent, au Nord ; il a été cependant détruit ou, plus probablement, ne fut jamais exécuté.

Le corridor menant à la cour intérieure reproduit le style de la façade. Sa voûte sur croisée d'ogives, ainsi que les clefs pendantes entre les arcs de la voûte, sont du style gothique. Des motifs de la renaissance sont présents, tels les bustes en médaillon inspirés d'empereurs romains et philosophes antiques ou les culots sculptés de putti tenant des écus.

La cour intérieure est conçue pour mettre en avant la richesse de son propriétaire. Contrairement à la façade de rue, celle de la cour intérieure joue dans la sobriété. Celle-ci concentre les éléments de circulation d'un corps de logis à un autre, via un escalier et des galeries fermées. La cage d'escaliers est intégrée au corps du bâtiment sur cour, non pas dans une tour en saillie. Il dessert les quatre corps du logis principaux, directement ou par le biais de trois galeries.

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L'une de ces galeries, voûtée sur croisées d'ogives, donne sur deux portes ; l'une d'entre elles, la plus décorée, présente l'importance de sa destination, l'ancienne salle basse de la maison. Elle est tenue par un pilier central et deux clefs pendantes. Elle présente quatre des Pères de l'Eglise : Saint Augustin, Saint Grégoire le Grand, Saint Jérôme et Saint Ambroise de Milan. Ce sont, avec les petites figures à la retombée des fenêtres, les dernières têtes ayant été sculptées sur l'édifice, et qui attribuèrent à celui-ci son nom.

De 1960 à nos jours ont été entrepris différents travaux de restauration, conduits sous la direction de l'architecte en chef des Monuments Historiques, par des entreprises spécialisées.

Le matériau principal de construction de l'édifice, la molasse, est une pierre très sensible qui se fissure et se désagrège sous l'action de l'érosion et de la pollution. Différentes techniques furent employées afin de conserver et restaurer le bâtiment : la consolidation superficielle par imprégnation d'un produit durcisseur ; le ragréage qui purge la pierre de ses parties détériorées ; un mélange de pierre et de mortier est superposé aux parties saines puis taillé dans les formes originelles ; le remplacement de la pierre par "reprise en tiroirs" ; une pierre neuve, ici le grès des Vosges, est substituée à l'ancienne. Les parties manquantes sont ainsi recréées à partir du "vocabulaire décoratif" présent dans le reste de l'édifice.

D'après Wikipédia