La Sainte-Chapelle, dite aussi Sainte-Chapelle du Palais, est une chapelle palatine édifiée sur l’île de la Cité, à Paris, à la demande de saint Louis afin d’abriter la Sainte Couronne d’épines, un morceau de la Vraie Croix, ainsi que diverses autres reliques de la Passion qu’il a acquises à partir de 1239. En tant qu'édifice emblématique du style gothique rayonnant, la Sainte-Chapelle est classée monument historique par liste de 1862, un an avant l'achèvement de sa restauration, qui est l'une des plus réussies de son temps.

Avec la Conciergerie, la Sainte-Chapelle constitue l'un des vestiges du palais de la Cité, qui s’étendait sur le site couvrant l’actuel palais de justice. 

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Histoire

Lors du siège de Constantinople en 1204, Baudouin VI de Hainaut accapare tout ce qu'il peut trouver dans le palais de Boucoléon, dont la Vraie Croix et la Sainte Couronne. Ces insignes reliques ne sont pas vendues dans un premier temps, mais demeurent au domicile de l'empereur latin et se transmettent à ses successeurs. En 1237, le dernier empereur latin de Constantinople Baudouin II de Courtenay arrive en France dans le cadre d'un voyage européen ayant pour but de trouver des alliés pour l'aider à affronter les Bulgares qui assiègent Constantinople. Afin de financer la dépense de son empire, Baudouin met en gage la Sainte Couronne en septembre 1238, à Nicolo Quirino, un marchand vénitien proche du doge de Venise. Il est prévu que le marchand devienne propriétaire de la relique si le gage n'est pas remboursé dans les quatre mois.

Peu enclin à l'envoi d'une aide militaire à Baudouin, Saint Louis se montre en revanche intéressé par l'achat de la Sainte Couronne. Après une série de pourparlers afin de vérifier l'authenticité de la relique, il acquiert la Sainte Couronne pour plus de la moitié du revenu annuel du domaine royal. Sous la conduite des prêcheurs dominicains Jacques et André de Longjumeau, la relique prend la route de la France en 1239. Le roi, son frère Robert Ier d'Artois, évêque du Puy, leur mère Blanche de Castille et l'archevêque de Sens, Guillaume Cornut, vont à la rencontre du cortège et vérifient les sceaux, qui garantissent l'authenticité de la relique. Le roi dépose le sien. Ensuite le voyage se poursuit par voie fluviale. Le 18 août, la Sainte-Couronne entre à Paris, en la présence d'une grande foule de spectateurs et l'ensemble du clergé de la capitale. Lors d'une grande cérémonie qui se tient le lendemain, la relique est déposée en la chapelle Saint-Nicolas du palais de la Cité. Deux ans plus tard, en 1241, le roi poursuit son ambition en se portant acquéreur d'un large morceau de la Sainte Croix et de sept autres reliques de la Passion du Christ, notamment le Saint Sang et la Pierre du Sépulcre. L'année suivante, ce sont des morceaux de la Sainte Lance et de la Sainte Éponge qui sont ajoutés à la Sainte Collection.

Le roi décide de l'édification d'une chapelle conçue comme une véritable châsse pour la vénération des reliques. Il n'a toutefois pas l'intention d'en faire un sanctuaire national ou un lieu de pèlerinage, ce qui est exprimé par l'absence d'accès extérieur à la chapelle haute, lieu d'exposition de la grande châsse. Le nouvel édifice prend place dans le Palais de la Cité, principal lieu de résidence de saint Louis avec Vincennes, et remplace l'ancienne chapelle Saint-Nicolas qui est alors détruite. Le choix d'une implantation au sein du Palais n'est pas anodin : il affirme le lien sacré entre les reliques et la couronne royale,. Cette proximité a également un rôle judiciaire, car c'est sur les reliques que l'on prête serment dans les procédures entre seigneurs et vassaux. La chapelle doit répondre à une quadruple vocation : écrin pour la conservation des reliques permettant également leur vénération ; chapelle palatine ; siège d'un collège de chanoines ; et lieu de culte pour le personnel du château. Elle n'est pas adaptée pour faire face à une foule de pèlerins : l'absence de déambulatoire ne permet pas un défilement devant les reliques, et les visiteurs doivent emprunter l'un des deux escaliers à vis de la façade occidentale. Elle est reliée au palais par la galerie des Merciers, qui délimite à l'ouest la cour de Mai et dessert les appartements privés du roi. Dans la chapelle, le roi dispose d'un oratoire qui est juste une niche ménagée dans le mur de la quatrième travée, au sud.  

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Les travaux commencent entre l'automne 1241, date de l'arrivée des reliques à Paris, et mai 1244, date à laquelle une bulle pontificale évoque pour la première fois les travaux. Dès 1246, Saint-Louis fonde un collège de cinq maîtres-chapelains chargé de garder les reliques, entretenir les vitraux et luminaires, et célébrer le culte dans la chapelle. L'édifice est officiellement consacré le 25 avril 1248, le légat du pape Eudes de Châteauroux consacrant la chapelle haute dédiée à la Sainte-Croix, et l'archevêque de Bourges Philippe Berruyer consacrant la chapelle basse dédiée à la Vierge le même jour. La rapidité avec laquelle est menée le chantier illustre la santé financière du royaume, dont le trésor peut réunir de grosses sommes en très peu de temps. L'architecte chargé de la construction reste inconnu. 

En dépit de la représentation de scènes de martyres sous les arcatures plaquées des soubassements des fenêtres, le programme symbolique de la chapelle haute et toute son architecture expriment l'optimisme, qui émane de l'élévation vertigineuse de l'espace, de la haute flèche, de la dématérialisation de l'espace où le verre le remporte sur les murs, et de l'harmonie des couleurs. La flèche est une nouvelle tour de Babel, qui, fondée sur le Christianisme, ne s'écroule pas. Les piliers entre les travées sont munis des statues des Douze Apôtres, qui par leur prédication ont formé les colonnes sur lesquelles repose l'église. Les vitraux illustrent l'histoire du peuple de Dieu, et mettent en scène les précurseurs, à savoir les Prophètes et saint Jean le Baptiste. Dans son ensemble, le programme symbolique de la Sainte-Chapelle et la signification de son architecture sont compris et appréciés par les contemporains. La Sainte-Chapelle constitue aussi la matérialisation réussie d'un rêve, celui d'un édifice aux murs de lumière ou d'une image du Jérusalem céleste. C'est aussi la fusion de tous les arts du XIIIe siècle : architecture, sculpture, peinture, art du vitrail, orfèvrerie (pour les châsses), enluminure (pour les missels et évangéliaires) et musique (pour le chant des chanoines et leurs diacres).

En 1273, le pape rattache officiellement le clergé de la Sainte-Chapelle au Saint-Siège. Le clergé est installé en janvier 1246 par un acte de Louis IX appelée la « Première Fondation », et se compose de membres de trois rangs : cinq maîtres-chapelains appelés plus tard chanoines, et pour chacun parmi eux, un sous-chapelain et un diacre ou sous-diacre. Son petit-fils Philippe V de France double le clergé. Le chef des maître-chapelains est le trésorier, car sa principale responsabilité est la garde du trésor. Il est en même temps curé de la Sainte-Chapelle, et veille sur les âmes de son clergé, de son personnel laïque et de certains officiers du palais, dont le concierge. Le second personnage le plus important de la Sainte-Chapelle est le chantre, qui doit être présent à l'ensemble des offices et diriger le chœur à toutes les fêtes. Tout le clergé de la Sainte-Chapelle est astreint à résidence au palais. Il gagne des salaires confortables, et les maîtres-chapelains roulent en carrosse et ont une écurie de quatre chevaux, mais les logements de service sont exigus et insalubres.

Ce sont les grandes cérémonies qui ponctuent la vie de la Sainte-Chapelle tout au long de l'année. Le roi assiste bien sûr à ces cérémonies, mais sa présence lors des autres messes est plutôt exceptionnelle. Pour des hôtes ou des personnages de marque, le roi fait parfois célébrer des offices extraordinaires afin de faire profiter ses invités des vertus des reliques. D'autres cérémonies sont celles découlant de privilèges accordés à de nombreux ordres religieux ; ils peuvent venir tel ou tel jour de l'année et célébrer une messe avec leur propre clergé. La nuit du jeudi au Vendredi saint, la Vraie Croix est exposée à l'intention des malades, notamment celles atteintes d'épilepsie, ce qui se finit souvent par des crises d'hystérie de masse. Des messes sont célébrées quotidiennement dans la chapelle haute et dans la chapelle basse, les unes destinées à la cour, l'autre destinée au personnel du palais et de la Sainte-Chapelle.  

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Si le Palais de la Cité est abandonné comme résidence royale par Charles V, la Sainte-Chapelle est honorée par toutes les dynasties qui se succèdent, et même quand Paris est gouverné par le duc de Bedford après la Bataille d'Azincourt en 1415, celui-ci tient à respecter les usages. Les mariages royaux et sacres ne sont plus célébrés dans la Sainte-Chapelle depuis la fin du XIVe siècle. Elle n'est plus retenue que pour les services funéraires jusqu'à l'époque de Louis XIV. Après la mort de Louis XV en 1774, un différend à propos du droit de choisir l'orateur funèbre et de dresser la liste des invités, éclate entre la Chambre des Comptes et le collège des chanoines. La conséquence est un ordre du roi Louis XVI, interdisant pour l'avenir tout service funéraire dans la Sainte-Chapelle.

Au XVIIIe siècle, la philosophies des Lumières contribue à une mise en doute de l'authenticité des reliques et discrédite leur vénération. Le 11 mars 1787, le Conseil du roi de France décide une rationalisation administrative et financière des différentes Saintes-Chapelles du royaume. Les biens et droits du collège de chanoines sont mis sous séquestre, et les nominations aux postes vacants sont interdites. Ainsi, la Sainte-Chapelle tombe dans une léthargie deux ans avant la Révolution française. Elle reste ouverte aux habitants du palais de Justice et de ses dépendances.  

Le reliquaire et son évolution

Les reliques les plus insignes sont conservées dans la grande châsse qui trône dans l'abside de la chapelle haute. C'est un coffre-fort d'orfèvrerie de 2,70 m de large, avec deux vantaux extérieurs s'ouvrant à l'arrière, et deux vantaux intérieurs en treillis comme seconde protection. Le roi porte les dix clés sur lui-même en permanence, et ne les confie à des personnes de confiance que contre signature de lettres de créance. L'intérieur renferme plusieurs reliquaires sous la forme de croix, vases, bustes et tableaux. Ils contiennent : la Sainte Couronne ; du Sang du Christ ; une grande partie du bois de la lance ; des morceaux du fer de la lance, du manteau de pourpre, du roseau, de l'éponge, du Saint-Suaire ; du linge dont le Seigneur s'était servi au lavement des pieds ; les menottes ; un morceau de la pierre du Saint-Sépulcre ; une Sainte-Face ; la Croix de la Victoire ; des drapeaux de l'Enfance ; du lait de la Vierge ; des cheveux de la Vierge ; des morceaux de son voile ; du sang miraculeux sorti d'une image du Christ frappé par un infidèle ; le haut de chef de saint Jean-Baptiste ; la verge de Moïse. Afin de faciliter l'exposition aux fidèles, un mécanisme de pivotement permet de retourner la grande châsse sur son axe. Son décor est architecturé, et comporte des bas-reliefs sur trois côtés : la Crucifixion à l'ouest, la Flagellation du Christ au nord, et la Résurrection du Christ au sud. La Sainte-Chapelle possède aussi une grande quantité d'autres reliques, dont la plupart sont conservées dans deux grandes armoires dans la sacristie, en réunion avec de petits objets précieux.

Vingt-sept ans après sa mort, Louis IX est canonisé par le pape Boniface VIII. Cette formalité est importante pour la royauté française, car elle honore toute la dynastie Capétienne et assoit plus solidement le pouvoir royal. L'église espère pour sa part des faveurs de la part du roi de France, et plus particulièrement la protection de la monarchie pontificale. Le corps de saint Louis est levé dans le cadre d'une grande cérémonie en la basilique Saint-Denis, le 25 août 1298. Puis la châsse d'argent est portée en procession à la Sainte-Chapelle. Philippe le Bel veut qu'elle y reste pour toujours, mais les religieux de l'abbaye Saint-Denis s'y opposent, et en février 1300, la châsse rejoint la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis. Au bout de six ans de négociations avec le pape et les moines de Saint-Denis, le roi obtient finalement de pouvoir retirer la tête de son ancêtre, sauf la mâchoire inférieure, et la place dans un reliquaire d'or le 17 mai 1306. Celui-ci est transporté à la Sainte-Chapelle, près de laquelle le Parlement de Paris a désormais son siège : la présence de la relique, symbole d'un roi qui incarnait l'équité et la justesse, doit rappeler aux juges qu'ils doivent maintenir les lois, protéger les gens de bien et rendre justice à tous. 

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Représentation du palais royal dans les Très Riches Heures du duc de Berry, où l'on aperçoit la façade de la Sainte-Chapelle avec sa rosace d'origine.

La valeur inestimable des reliques de la Passion n'empêche pas les souverains successifs d'en prélever des parcelles afin de les offrir à des communautés monastiques et des évêques en France et à l'étranger, car le partage des reliques ne diminue pas leur sainteté. Tant que les bénéficiaires sont des établissements religieux, ces générosités sont honorables, mais quand Charles VI offre des ossements de saint Louis aux ducs de Berry et de Bourgogne en 1492, les moines de Saint-Denis décident de ne plus ouvrir la châsse. En 1672 encore, la reine Marie-Thérèse d'Autriche abuse des reliques dans le même sens, et fait prélever un morceau de la Vraie Croix destiné à son fils, Louis-François de France, afin de le préserver d'accidents. Même des vols diminuent le reliquaire : des morceaux de la Vraie Croix enfermés dans des reliquaires séparés sont subtilisés en 1534 et 1555 et ne seront jamais retrouvés. Puisque le cercle de personnes y ayant accès est restreint, on soupçonne en 1555 Henri III et sa mère Catherine de Médicis d'avoir porté en gage l'objet en Italie. En 1562, Charles IX retire des ornements à plusieurs reliquaires et les envoie à la Monnaie pour y être fondus.

La Révolution française signifie la fin du reliquaire de la Sainte-Chapelle. Contrairement à ce qui s'observe ailleurs, les reliques elles-mêmes ne sont pas profanés, car du fait de leur antiquité, elles imposent le respect même aux révolutionnaires non croyants. Alors que la grande châsse est fondue en 1791, et les reliquaires en 1791 et 1793 surtout, toujours dans le but de récupérer les métaux précieux, les reliques sont confiées à Jean-Baptiste Gobel, évêque constitutionnel. Elles sont transportées à Saint-Denis, et c'est là que beaucoup parmi elles disparaissent dans des conditions pas encore élucidées. La Sainte-Couronne est déposée dans le cabinet des Antiques en 1793, et remise au cardinal Jean-Baptiste de Belloy en 1804. Elle est conservée aujourd'hui au trésor de Notre-Dame de Paris. Le camée du Triomphe de Germanicus et le buste de Constantin sont envoyés au cabinet des Médailles, et le missel et trois évangéliaires avec des plats de reliure en or au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Le reliquaire de « la pierre du sépulcre » et la Vierge d'ivoire sont conservées au département des Objets d'art du musée du Louvre ; et le reliquaire de saint Maxien, saint Lucien et saint Junien au musée de Cluny.

À l'instar des autres édifices religieux désaffectés, la Sainte-Chapelle aurait dû être vendue comme bien national, mais elle reste finalement propriété de l'État et accueille le Club de la Sainte-Chapelle. En 1797, la chapelle haute est reconvertie en dépôt d'archives du palais de justice, mais ni l'un, ni l'autre usage empêche le dépeçage de la Sainte-Chapelle, qui devient presque une épave vide.

L'état de la Sainte-Chapelle est déplorable à l'issue de la Révolution, et il n'y a plus le moindre mobilier liturgique, les vitraux sont partiellement disjoints ou brisés, la sculpture du portail inférieure est mutilée, le décor architectural des élévations latérales et du chevet est en grande partie abîmé ou manquant, et plus grave encore, il n'y a qu'une charpente provisoire et plus de flèche. Ni sous l'Empire, ni sous la Restauration, le rétablissement du culte dans la Sainte-Chapelle n'est envisagé. Presque personne ne se soucie de la préservation du patrimoine architectural médiéval : seule l'architecture classique ou néoclassique a le vent en poupe. En 1811, les échoppes et masures établies entre les contreforts sont rasées dans le cadre de la construction d'un escalier extérieur accolée à la façade sud et se substitue aux vestiges de celui de Louis XII. En 1825, les réflexions sur l'avenir du palais de justice commencent : les uns sont attachés à l'ancien palais, les autres veulent un palais entièrement neuf. La Sainte-Chapelle est perçue comme un obstacle par cette faction, et de surcroît elle n'est pas parallèle ou perpendiculaire aux autres bâtiments, car orientée liturgiquement est-ouest. La question de la reconstruction du palais de justice n'est pas tranchée rapidement, ce qui laisse un sursis à la Sainte-Chapelle. Au milieu des années 1830, les hommes qui s'engagent pour le patrimoine architectural médiéval sont Adolphe Napoléon Didron et Prosper Mérimée. Or, la sauvegarde du monument n'est possible qu'à travers une sensibilisation de l'opinion publique, qui s'opère en partie grâce au roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. C'est justement lui qui signale la Sainte-Chapelle comme l'un des édifices les plus populaires de Paris dans un article du Journal des débats en 1835 et demande qu'on lui rende une apparence digne de son histoire.  

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La restauration de la Sainte-Chapelle

Le palais de justice est placé sous la supervision du Conseil des bâtiments civils, qui est constitué d'une large majorité d'architectes néoclassiques. Sous l'impulsion du service des Monuments historiques, il décide la restauration de la Sainte-Chapelle en 1836, tout en gardant lui-même la mainmise sur le projet. Celui-ci est placé sous la responsabilité de l'architecte Félix Duban comme maître d'œuvre, auquel est adjoint Jean-Baptiste Lassus comme premier inspecteur des travaux. La restauration se présente comme un chantier expérimental, car peu de restaurations de monuments d'envergure ont encore été menées à l'époque, et souvent, les résultats n'ont pas été concluants. Pourtant, elle va s'avérer l'une des restaurations les plus réussies du XIXe siècle. Tous les acteurs font preuve d'un grand scrupule dans la restitution des moindres détails, et mènent un travail de recherche fastidieux afin de baser solidement leurs apports sur les réalités historiques. Mais le mauvais état de l'édifice nécessite néanmoins des interventions d'une telle envergure qu'on a pu considérer la Sainte-Chapelle comme un monument du XIXe siècle, reflétant l'idée que ses restaurateurs avaient du monument du XIIIe siècle. Extérieurement, seule la partie haute de la façade occidentale reste intacte.

Dans la mesure du possible, la polychromie d'origine est conservée en l'état, notamment dans la chapelle haute, et les couleurs sont ravivées. Des échantillons des peintures anciennes sont prélevés et soumis à des analyses chimiques afin de retrouver les procédés utilisés au Moyen Âge. On n'oublie pas non plus les détails, tels que le dallage du sol ou les luminaires. 

Le projet-phare de la restauration est l'édification de la nouvelle flèche, qui est dessinée par Lassus en 1850, et imite le style gothique flamboyant du XVe siècle. Elle apparaît comme une prouesse technique, et ce sont les méthodes du Moyen Âge que l'on adopte, au lieu de monter des pièces préfabriquées en fonte, comme Jean-Antoine Alavoine l'avait fait en 1838 à la cathédrale de Rouen.

À partir de 2008, plusieurs campagnes de restauration sont conduites par les architectes en chef des Monuments historiques.

Ce chef-d'œuvre de l'architecture gothique rayonnant répond à un plan d'une grande simplicité sans collatéraux, ni transept, ni déambulatoire. Régulièrement orientée, la chapelle comporte deux étages, ce qui donne deux chapelles superposées, dites la chapelle basse et la chapelle haute. L'ensemble est précédé par un porche du côté de la façade occidentale, et comporte quatre travées barlongues (plus une travée de chœur) ainsi qu'une abside à sept pans, toutes voûtées d'ogives. Des tourelles d'escalier situées aux angles nord-ouest et sud-ouest flanquent la façade et permettent l'intercommunication entre la chapelle basse et la chapelle haute.  

Extérieurement, la Sainte-Chapelle mesure 36,0 m de long, 17,0 m de large et 42,5 m de haut sans la flèche. Celle-ci atteint une hauteur de 33,25 m. Intérieurement, les deux chapelles sont longues de 33,0 m et larges de 10,7 m. La hauteur sous voûtes de la chapelle basse est de 6,6 m seulement, alors que la chapelle haute s'élève à 20,5 m. Par sa superficie intérieure, la Sainte-Chapelle est comparable à une église villageoise, mais la largeur du vaisseau unique est comparable à la nef de la cathédrale de Laon, et sa hauteur est comparable aux premières cathédrales gothiques, dont la cathédrale de Noyon. 

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La Sainte-Chapelle est conçue comme une châsse de verre mettant en valeur les reliques qui y étaient conservées. Les fenêtres occupent toute la largeur disponible entre les contreforts.

L'ambiance plus sombre de la chapelle basse et ses proportions évoquent une crypte, mais la finesse des supports contraste avec cette impression, et le décor montre la même élégance que dans la chapelle haute. Elle est néanmoins aujourd'hui utilisée comme boutique de souvenirs du Centre national des monuments historiques, et n'est apparemment pas perçue comme suffisamment intéressante pour justifier une mise en valeur...  

La superficie vitrée de la chapelle haute porte sur 615 m2 environ, sans la rosace.  

Si la Sainte-Chapelle est officiellement désaffectée du culte depuis la Révolution, elle est périodiquement rendue à sa destination première. Ainsi, le Groupe catholique du Palais, qui rassemble des magistrats, des avocats, des greffiers, et des membres du personnel du palais de justice de Paris, assure depuis l'entre-deux-guerres, la présence spirituelle catholique en la Sainte-Chapelle. L'aumônier du groupe célèbre chaque année une messe de souvenir à la Toussaint, ainsi qu'une messe de la Saint-Yves au mois de mai, l'un des saints patrons des juristes.

Le 21 mars 2014, à l'occasion de l'ouverture de l'année Saint-Louis, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a conduit en procession la Sainte Couronne d'épines depuis la cathédrale Notre-Dame de Paris jusqu'à la Sainte-Chapelle pour la première fois depuis l'Ancien Régime. Une messe solennelle y a été célébrée.

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D'après Wikipédia