L'Art nouveau est un mouvement artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui s'appuie sur l'esthétique des lignes courbes.

Né en réaction contre les dérives de l’industrialisation à outrance et la reproduction sclérosante des anciens styles, c'est un mouvement soudain, rapide, qui connaît un développement international : Tiffany (d'après Louis Comfort Tiffany aux États-Unis), Jugendstil (en Allemagne), Sezessionstil (en Autriche), Nieuwe Kunst (aux Pays-Bas), Stile Liberty (en Italie), Modernismo (en Espagne), style sapin (en Suisse), Modern (en Russie). Le terme français « Art nouveau » s’est imposé au Royaume-Uni, en même temps que l’anglomanie en France a répandu le terme Modern Style au début du XXe siècle.

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Immeuble Biet, Nancy

S'il comporte des nuances selon les pays, ses critères sont communs : l'Art nouveau se caractérise par l'inventivité, la présence de rythmes, couleurs, ornementations inspirés des arbres, des fleurs, des insectes, des animaux, et qui introduisent du sensible dans le décor quotidien. C'est aussi un art total en ce sens qu'il occupe tout l'espace disponible pour mettre en place un univers personnel considéré comme favorable à l’épanouissement de l'homme moderne à l'aube du XXe siècle. En France, l'Art nouveau est appelé « style nouille » par ses détracteurs, en raison de ses formes caractéristiques en arabesques, ou encore « style Guimard », à cause des bouches de métro parisiennes réalisées en 1900 par Hector Guimard.

Historique

Au XIXe siècle, presque toutes les formes d'art s'inspirent du passé (historicismes). L'imitation du gréco-romain cohabite avec celle du gothique, de la renaissance... Cependant, certains artistes espèrent que le siècle trouvera enfin un style qui lui soit propre, un "art nouveau".  

La source est très ancienne et la thématique de l'Art nouveau se trouve déjà dans les textes des théoriciens révolutionnaires. Ainsi, Claude Nicolas Ledoux (1736-1806) est l'un des premiers à poser cette question d’un art qui ne soit pas l’imitation de quelque chose, mais qui aille plus loin en créant quelque chose de totalement original pour une civilisation nouvelle.  

En étant l’un des premiers à dessiner une multitude de coquillages, fleurs, méduses, radiolaires, foraminifères, diatomées, etc., dans un but scientifique, Ernst Haeckel (1834-1919) peut être considéré comme un autre précurseur de l’Art nouveau. Son travail a inspiré les grands lustres en forme de méduse de Constant Roux, pour le musée océanographique de Monaco. Les acteurs de l’Art nouveau feront souvent référence à cette réalisation, tant ce fut un choc pour eux, même si pour Haeckel il ne s'agissait que de copies du réel. 

Les fondements théoriques du mouvement Arts & Crafts, comme les thèses de William Morris, de John Ruskin, lequel influence Arthur Heygate Mackmurdo, ou de Charles Rennie Mackintosh, définissent un nouvel art décoratif au Royaume-Uni. Ils se prononcent contre les dérives de l'industrialisation et de l'assèchement créatif qu'elle entraîne, ils prônent un retour à l'esprit des guildes médiévales, à l'étude du motif naturel, à l'emploi de formes épurées : la régénération de la société ne se fera que par la vérité des formes qui l'entourent et dont elle use. 

En Espagne, et plus précisément en Catalogne, le mouvement porte le nom de modernisme catalan à la suite de l'exposition universelle de 1888 de Barcelone. Il se construit durant les années 1870 sur la conjonction de plusieurs facteurs : la rénovation artistique, en parallèle d’autres arts contemporains, la recherche de nouvelles expressions formelles et la volonté de se situer dans une modernité d’envergure européenne. Selon les mots de l’écrivain Joan Fuster, il a vocation à transformer « une culture régionale traditionaliste en une culture nationale moderne ».

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Intérieur de l'hôtel Tassel réalisé en 1893 par Victor Horta

En France, le propos, plus ou moins moral, se veut plus rationnel, moins tourné vers le passé et moins fermé aux matériaux nouveaux : dans ses écrits théoriques marqués par le rationalisme (Entretiens sur l'architecture, 1863), Eugène Viollet-le-Duc ne rejette pas le matériau moderne (le fer notamment), mais veut au contraire l'afficher en lui donnant une fonction ornementale et esthétique, à la manière des structures gothiques du Moyen Âge. Paradoxalement connu comme le chef de file français du mouvement néo-gothique, Viollet-le-Duc sera l'inspirateur de nombreux architectes de l'Art nouveau. Par ailleurs, certaines de ses œuvres décoratives, notamment ses fresques peintes au château de Roquetaillade (1850), sont de parfaits exemples du lien de filiation entre le mouvement néogothique et l'Art nouveau. Mais c'est à partir de 1892 à Bruxelles avec Victor Horta, Henry Van de Velde et Paul Hankar, puis en France que sont définis les principes formels d'une architecture spécifiquement dénommée « Art nouveau ».

Le mouvement se développe dans toute l'Europe entre 1890 et 1895 avec une très grande rapidité. Il est ainsi très délicat d'identifier des initiateurs précis. Le fait que de très nombreuses disciplines s'emparent de ce nouveau catalogue de formes donne très rapidement l'impression aux contemporains qu'ils assistent à l'émergence d'un mouvement artistique à part entière englobant tous les aspects de la vie.

Paul Greenhalgh identifie la phase initiale du mouvement entre 1893 et 1895, autour de quatre évènements se déroulant surtout dans de grandes capitales, Londres, Bruxelles et Paris.

Le premier évènement est la publication dans le premier numéro de la revue The Studio des dessins de Aubrey Beardsley en 1893. Ce jeune illustrateur présente pour la première un style de dessin qui sera caractéristique de l'Art nouveau, et il devient instantanément le centre d'intérêt des avant-garde des deux côtés de l'Atlantique.

La même année, à Bruxelles, Victor Horta achève l'hôtel particulier d'Émile Tassel, première réalisation architecturale Art nouveau aboutie. Horta exploite le premier la ligne courbe, symbole entre tous de ce mouvement. La fluidité des espaces fait écho aux courbes végétales qui investissent ferronneries, mosaïques, fresques et vitraux, éléments tant structures qu'ornements, dans la plus parfaite ligne d'Eugène Viollet-le-Duc. Horta conçoit un édifice inédit avec des meubles qui correspondent au rythme des murs et de l’architecture ; il dessine les motifs des tapis, conçoit les meubles : c'est la naissance d'un « Art total ».

L'année suivante, toujours dans la capitale belge, Henry Van de Velde publie un pamphlet le Déblaiement d'Art qui prend du recul sur les évolutions artistiques contemporaines et fustige avec fougue le monde de l'art institutionnalisé. Cette réflexion est la première intellectualisation de deux idées fortes de l'Art nouveau : la valeur des arts décoratifs aux côtés des arts dits nobles et l'importance de l'harmonie générale dans tout travail de décoration.

Le dernier évènement, qui clôt la phase initiale du mouvement est l'ouverture à Paris en 1895 du magasin et centre d'exposition la Maison de l'Art nouveau par Siegfried Bing qui popularise le style dans la capitale et le fait connaître au grand public.

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Maison Cauchie, Bruxelles

Des albums et revues d’art et d’architecture sont abondamment illustrées et propagent les idées nouvelles. Le développement des moyens de communication permet aux architectes de voyager ; ainsi des connexions s'établissent entre Bruxelles et Paris : Hector Guimard sera très influencé au cours d’un voyage qu’il a fait en 1895 pour voir les architectures de Victor Horta, ce qui l’amènera à intégrer certaines de ses formes dans sa propre architecture. De même, des liens très étroits se tissent entre Vienne et Glasgow.

La phase d'extension et de maturité du mouvement se situe entre 1895 et 1900. Dans toute l'Europe, chaque pays adapte le mouvement artistique à ses propres caractéristiques et considérations locales.

Entre 1900 et 1914, l'Art nouveau s'est imposé mais il commence à faire l'objet de débats, de discussion, de critiques. Les créateurs authentiques sont vite rattrapés par le succès d'une mode dont ils sont les inspirateurs, et qui triomphe à partir de l'exposition universelle en 1900, notamment dans une bimbeloterie envahissante qui ternit pendant longtemps la mémoire de l'Art nouveau. 

Architecture

Une partie des origines des réalisations Art nouveau en architecture vient des théories de Viollet-le-Duc qui, très tôt, utilise des formes nouvelles pour dépasser les styles anciens et surtout postule la possibilité d'ériger des structures portantes en acier pour la recouvrir de maçonnerie. Cette nouvelle technique permet de penser différemment la construction des bâtiments par la suppression des ouvrages de renforcement obligatoire dans l'architecture traditionnelle tels les plafonds voûtés et les arcs-boutants. Cette idée est reprise lors de la période Art nouveau par tous les grands architectes du mouvement, Louis Sullivan, Victor Horta, Francis Jourdain ou Auguste Perret.

Le premier architecte véritablement Art nouveau est Victor Horta. Il emprunte résolument la voie de l'acier au sein de ces constructions ; mais contrairement à la norme adoptées par ces contemporains qui cachent cette matière pour laisser apparent les traditionnelles, il décide de montrer les structures en acier, de les intégrer hardiment à l'ensemble décoratif du bâti. Ce parti-pris à rebours des habitudes fait sensation et devient une marque de fabrique, qu'il porte au plus haut point avec la Maison du peuple commandée par le Parti ouvrier belge achevé en 1899. Mais le programme de l'architecture Art nouveau est tout entier contenu dans la première construction de Horta, l'hôtel Tassel. Édifié en 1892, cette construction surprend l'ensemble de la profession, car il porte l'architecture bien au-delà des arts décoratifs pour toucher à un domaine bien plus large.

L'hôtel Tassel a un retentissement important, bien au-delà des frontières belges. Ainsi à Paris de nombreux architectes sont conquis par cette nouveauté et s'en inspire plus ou moins largement. Le personnage emblématique de l'architecture Art nouveau dans la capitale française est Hector Guimard qui adjoint les courbes caractéristique du mouvement naissant à son propre style, déjà original. Toutefois, il est une exception car la plus grande partie des constructions Art nouveau parisienne est l'œuvre de professionnels peu célèbres, surtout pour des magasins et restaurants tel Maxim's ou la bijouterie de Georges Fouquet. En France, la principale ville où ce style se développe est Nancy où il s'insère dans le développement local d'un puissant mouvement artistique et industriel.

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Villa Majorelle, Nancy

Le projet artistique de Victor Horta est très fréquemment utilisé de manière partielle, mêlé d'inspiration plus classique. Ainsi, Charles Plumet mélange des éléments Art nouveau à des bâtiments typés XVIIIe et Jules Aimé Lavirotte avec des immeubles somme toute classiques dans leur structure générale. Les architectes qui reprennent le plus intégralement possible les fondamentaux Art nouveau sont peu nombreux. On peut citer en France Xavier Schoellkopf avec la maison de la chanteuse Yvette Guilbert.

L'Art nouveau en architecture est également le prétexte pour faire preuve d'une grande capacité d'invention, tout en dépassant les formes initiales. Ainsi, la villa Jika de Louis Majorelle édifiée par Henri Sauvage à Nancy est construite dans un mélange d'architecture médiévale fantasmée et de formes typiquement Art nouveau.

Apparu au début des années 1890, on peut considérer qu’à partir de 1905, l'Art nouveau a déjà donné le meilleur de lui-même et que son apogée est atteint. Avant la Première Guerre mondiale, ce mouvement évolue vers un style plus géométrique, caractéristique du mouvement artistique qui prendra la relève : l'Art déco (1910-1940).

D'après Wikipédia