Le mouvement moderne comprend un nombre important de contributions individuelles et collectives. Dans la première décennie, les expériences de Walter Gropius et du Bauhaus et celle de Le Corbusier comme architecte sont en opposition avec la tradition récente et indépendantes entre elles. L'œuvre d'Erich Mendelsohn en Allemagne, le travail de Mies van der Rohe du Novembergruppe au Deutscher Werkbund, de Jacobus Johannes Pieter Oud pour l'administration de Rotterdam et ceux de Willem Marinus Dudok à Hilversum liés aux mouvements d'avant et de la période de guerre sont développés dans un sens comparable et convergent. À cette diversité, on peut joindre Cornelis van Eesteren, Bruno Taut, les frères Wassili et Hans Luckhardt, les constructivistes russes... Cette rencontre d'expériences témoigne d'un changement profond pour faire face aux besoins d'un monde radicalement transformé.

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Erich Mendelsohn, Tour Einstein, Potsdam, 1917-1921

L'ALLEMAGNE ET LE BAUHAUS

Après la guerre, la réaction au chaos économique se traduit par une révolution. Dans l'art, des groupes de révolutionnaires modèlent leurs prises de position sur celles des groupes ouvriers radicaux dans l'espoir qu'une révolution culturelle accompagne la révolution politique mais une sévère inflation limite les possibilités de construire. Les architectes allemands doivent se contenter de coucher sur le papier leurs projets de société nouvelle.

En 1919, Bruno Taut dans ses aquarelles dessine des immeubles collectifs de verre et pense qu'il revient à l'artiste de révéler la forme de de la nouvelle politique qui va naître des ruines de la civilisation européenne. Walter Gropius s'oppose par sa démarche à l'avant-garde de l'après guerre et Mies van der Rohe suit un cheminement personnel rigoureux alors que pour Erich Mendelsohn et les frères Wassili et Hans Luckhardt l'adhésion à l'avant-garde reste une expérience capitale.

Le Novembergruppe

En décembre 1918 est fondée par une association d'artistes radicaux et révolutionnaires de Berlin le Novembergruppe qui tient son nom de la Révolution allemande de 1918-1919. Au début 170 artistes forment le groupe avec des futuristes italiens et d'importants artistes Dada, puis des membres du Bauhaus dont certains appartenaient à l'ancien Deutscher Werkbund les rejoignent. L'architecte Erich Mendelsohn est membre fondateur et jusqu'en 1933, l'arrivée au pouvoir d'Hitler et la fin des travaux, on trouve parmi les membres : Rudolf Belling, Wassily Kandinsky, El Lissitzky, Ludwig Mies van der Rohe, Georg Muche, Hans Scharoun, Rudolf Schlichter, Bruno Taut, Walter Spies... Le style du groupe est une synthèse d'influences cubistes, futuristes et expressionnistes. Il publie une revue et organise des expositions avec la participation d'invités comme De Stijl, Marc Chagall, Georges Braque, Fernand Léger, Marie Laurencin, El Lissitzky et établit des collaborations avec les italiens Filippo Tommaso Marinetti et Enrico Prampolini.

Erich Mendelsohn

Né en 1887, Erich Mendelsohn est attiré par le travail d'Henry Van de Velde et l'idée que la force interne des bâtiments vient de leur structure comme chez les organismes vivants. En 1911, il découvre les peintres Franz Marc et Vassily Kandinsky et le sentiment que les idées viuelles jaillissent d'une intuition profonde, en résonance avec un élément cosmique. Juif, il tente de relier la forme au symbolisme géométrique des textes mystiques hébreux et pense qu'une des fonctions de l'art est de rendre perceptible un ordre spirituel et de révéler les processus et les rythmes de la nature.

En 1919, Erich Mendelsohn membre fondateur du Novembergruppe est déjà connu pour ses esquisse d'architecture fantastiques. Son influence à ses débuts est énorme sur son époque, bien plus que les autres architectes de sa génération. En 1920, il réalise la tour-observatoire d'astronomie d'Einstein à Potsdam qui est une tentative d'application du répertoire expressioniste de l'après-guerre. Après 1925, il rencontre un grand succès professionnel, contruit de grands magasins, un cinéma à Berlin. Sa démarche est sûre et sa production est caractérisée par les formes exprimées dans ses dessins de jeunesse. Ces dernières œuvres peuvent être rapprochées des autres expériences en cours en Allemagne et ailleurs.

Mies van der Rohe

Né en 1886, Ludwig Mies van der Rohe travaille de 1908 à 1911 avec Peter Behrens et trouve très tôt son inspiration dans la structure austère et intemporelle de la Chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle, la sévérité néoclassique et la précision géométrique de Karl Friedrich Schinkel et dans la manière simple et direct d'utiliser les matériaux d'Hendrik Petrus Berlage. Avant la déclaration la guerre, il a déjà son propre cabinet et à moins de trente ans, la plupart des caractéristiques de son œuvre sont en place : recherches de valeurs spirituelles, réduction à des formes simples, enseignements de l'histoire, ordre de la technique industrielle dans un style qui met l'accent sur l'ordre, la sérénité, la symétrie et la rigueur de la ligne droite. 

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Haus Lange and Haus Esters, Krefeld, Allemagne

Immédiatement après la guerre, Mies van der Rohe dirige la section architecture du groupe révolutionnaire d'artistes berlinois Novembergruppe et prépare entre 1919 et 1923 une série de projets théoriques, deux gratte-ciel en verre, des bureaux en béton armé et des maisons basses en briques et maçonnerie. Dans ses premièes commandes, il utilise ses études pour clarifier les problèmes concrets qu'il rencontre.

En 1923, un concept majeur de son œuvre apparaît avec le projet non construit de la maison en briques qui cristallise son concept clé d'espace. Le plan est constitué d'un jeu de lignes qui semblent se développer à l'infini et qui définissent des plans de murs qui s'arrètent pour laisser place à des ouvertures vitrées du sol au plafond. Certaines masses s'élèvent sur deux niveaux et les toits sont de minces dalles. Il n'y a pas d'axes dominants et le champs des énergies varie avec les déplacements du visiteur. On y trouve une translation de l'abstraction pisturale de Piet Mondrian et de Theo van Doesburg dans l'architecture mais il faudra encore quelques années pour qu'il parvienne à donner corps à ses idées spatiales en animant en trois dimensions l'ensemble du bâtiment.

Walter Gropius et le Bauhaus

Walter Gropius a 36 ans quand il fonde le Bauhaus de Weimar en 1919 et est déjà considéré comme une des figures de pointe de l'architecture allemande. Il naît à Berlin en 1883 dans une famille très cultivée et passionnée par l'architecture avec un père architecte, un grand-père peintre connu et un grand-oncle directeur du Musée des Arts et Métiers de Berlin. Après ses études d'architecte à Munich et Berlin, il entre à l'agence de Peter Behrens qui vient d'être nommé chef du design d'AEG en 1907. Trois ans plus tard il ouvre son agence et réalise avec Adolf Meyer, l'usine Fagus qui le fait connaître. Dans sa participation au Deutscher Werkbund il prend la tête avec Henry Van de Velde des opposants à Hermann Muthesius estimant que des normes nationales et des dimensions standard pour chaque chose élimineront la créativité des designers et des architectes. Dans cet esprit il dessine des meubles, du papier peint, une locomotive en 1912 et aménage un wagon vers 1914. Avec Adolf Meyer, ils conçoivent une petite usine modèle pour l'exposition du Deutscher Werkbund à Cologne en 1914.

En 1915, le nom de Walter Gropius est proposé par Henry Van de Velde pour lui succéder au poste de directeur du Kunstgewerbeshule de Weimar. Il rédige un mémoire où il constate que la production de masse a provoqué le déclin de l'artisanat et propose la collaboration entre l'artiste, l'industriel et le technicien. L'élève après avoir reçu une formation d'artisan vient avec ses projets à l'école pour les mettrent au point avec un professeur et retourne à l'usine ou à l'atelier pour les réaliser. En janvier 1916, l'école est fermée mais à la fin de la guerre, Walter Gropius contact les autorités avec des plans précis pour redonner à Weimar une nouvelle vie artistique. Il est nommé directeur de l'École supérieure d'Art qui est réouverte.

En 1919, Walter Gropius réunit l'École supérieure d'Art à celle d'Henry Van de Velde dans le Bauhaus de Weimar avec l'affirmation d'une méthodologie générale fondée sur les lois naturelles et celles de l'esprit humain, où la pensée et l'action, les exigences matérielles et spirituelles trouveront leur équilibre. Les trois caractéristiques de l'enseignement résident dans le parallélisme entre théorie et pratique avec en permanence la présence d'un maître artisan et d'un maître de dessin, le contact continuel avec la réalité du travail et la présence de professeurs de création. Le but est d'utiliser l'artisanat pour former des projeteurs modernes capablent d'imprimer aux produits industriels une claire orientation formelle.

Les enseignants sont des peintres, sculpteurs, graveurs, scénographes pour 250 étudiants allemands et autrichiens. Le programme prévoit six mois pour une familiarisation avec les matériaux et quelques problèmes formels simples, trois années pour obtenir le certificat de compagnon avec un enseignement technique dans sept ateliers où on travaille la pierre, le bois, le métal, la terre cuite, le verre, les couleurs et les tissus, des cours théoriques de comptabilité, métré, économie, les méthodes de représentation et de composition. Un cours de perfectionnement permettant l'accès au titre de maître d'œuvre est d'une durée variable, basé sur le projet architectural et les travaux pratiques dans les ateliers de l'école.

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Bauhaus, Dessau, Allemagne

Dans le premier programme du Bauhaus, Walter Gropius croit en la nécessité d'allier sensibilité esthétique et conception utilitaire sans aborder la création de types à produire en série. L'étudiant est une sorte d'apprenti censé apprendre le tissage et autres formes d'expressions utiles pour la décoration des espaces de vie et des bâtiments. L'étude de la forme apporte les bases de l'agencement formel avec la composition et l'étude des couleurs, des textures et de l'expression. Cet enseignement est structuré par un cours fondamental donné par Johannes Itten qui fait régner une atmosphère mélant mystique et expressionnisme. Il est le maître qui domine tout, dogmatique il défend une œuvre produite par un seul individu où l'étudiant doit déapprendre les habitudes et les stéréotypes des traditions académiques européennes et repartir sur de nouvelles bases en expérimentant matériaux naturels et formes abstraites. Dans ses cours il veut sans doute amener ses étudiants à une sorte d'initiation religieuse avec la pratique de la méditation, des exercices de respiration profonde, de culture physique pour une découverte de soi. Certains jeûnent, mangent végétarien et pratiquent des exercices spirituels. Les premiers travaux produits ont un esprit primitiviste avec des influences dadaïstes, des constructions de déchets de Kurt Schwitters et des collages désarticulés de Max Ernst. L'ambiance est celle d'un désespoir cultivé avec un sens de l'absurde lié à l'impacte de la guerre mécanisée.

Après le passage à Weimar de Theo van Doesburg et l'enseignement qu'il préfère abandonner car il attire de nombreux étudiants du Bauhaus sans pouvoir y être nommé maître car élément trop perturbateur, Walter Gropius pense que l'accent mis sur l'artisanat devient de plus en plus anachronique. Il avait à l'origine envisagé une école capable d'accueillir plusieurs points de vue et de créer l'harmonie à partir de la diversité dans un programme plus industriel et voit qu'avec Johannes Itten le Bauhaus risque de s'isoler du monde réel.

Les années 1922-1923 sont importantes pour le développement de l'architecture moderne et une orientation nouvelle se dessine au Bauhaus et dans la pensée et les travaux de Walter Gropius. Les formes du mouvement De Stijl deviennent la base des travaux de conception avec la réintégration de la forme et de l'industrie. Johannes Itten démissionne et le cours fondamental est confié à László Moholy-Nagy dont le vocabulaire est dans la lignée de Theo van Doesburg et des expérimentations éducatives de la Russie révolutionnaire. Le corpus des formes et d'idées issus de l'art géométrique abstrait prôné par ce cours donne une grammaire visuelle communes aux artistes d'art pour concevoir des céramiques, tissus, meubles et même des bâtiments. En 1923, Walter Gropius publie Idée et construction un texte fondamental plus sobre et plus optimiste que le manifeste fondateur où il affirme que la machine est le médium de mise en forme le plus moderne et cherche à travailler avec elle. Les étudiants doivent apprendre à dessiner des types destinés à la production en série et chercher à concevoir des formes exprimant l'époque de la mécanisation. Le but suprême est de parvenir à l'unité et la synthèse de tous les arts dans l'œuvre d'art total, le bâtiment.

En 1925, l'école est transférée à Dessau où la construction des nouveaux édifices engage pour la première fois l'école dans une vaste tâche concrète. Le projet comprend le siège du Bauhaus, les logements de Walter Gropius, Vassily Kandinsky, Paul Klee, Moholy-Nagy, Oskar Schlemmer, Hinnerk Scheper et Georg Muche, un quartier modèle d'habitations ouvrières et l'Office du travail de la ville. Walter Gropius se réserve le siège du Bauhaus avec la collaborations des autres enseignants pour l'exécution et le mobilier. On y retrouve une ressemblance avec les projets théoriques des néo-plasticiens de De Stijl et des constructivistes.

LA FRANCE ET LE CORBUSIER

En France, dans la première decennie du XXe siècle, alors qu'ailleurs se développe le mouvement de l'art nouveau, la culture française ne connaît pas de remous. Auguste Perret et Tony Garnier font la dernière tentative pour éloigner les formules académiques en allant à la rencontre des exigences de la société moderne. Les ouvrages de Perret et les grands travaux de Lyon par Garnier apparaissent comme une conclusion. Les novateurs doivent attaquer de l'extérieur les institutions existantes et cette remise en question ne peut être faite que par une initiative individuelle. Le Corbusier a été capable d'affronter les traditions de son pays d'adoption sans perdre de vue les liaisons avec le mouvement international. Il agit comme médiateur entre la culture internationale et la tradition française. Ses initiatives et ses travaux s'appuient sur son tempérament et à leur écho toujours exceptionnel.

Le Corbusier né en 1887 appartient à la génération de Walter Gropius et de Ludwig Mies van der Rohe et a vingt ans de moins que Franck Lloyd Wright. Graveur de formation, il réalise à l'âge de quinze ans un boitier de montre qui témoigne d'une influence Art nouveau comme pour les villas Fallet, Jacquemet et Stotzer qu'il conçoit en 1906 et 1908. Charles L'Eplattelier son professeur à l'école locale favorise son penchant pour l'observation et l'étude de la nature, et au delà des apparences, la structure et la beauté des formes géométriques simples. En 1910, son projet d'école composé d'une pyramide, de simples cubes et de surfaces sans ornements révèle son goût des formes simples et une façon de regarder le passé pour en tirer des enseignements d'ordre général. S'il se méfie du système conventionnel des Beaux-Arts, il lit des ouvrages sur les fonctions spirituelles et de révélations de l'Art, fait de nombreux voyages où il réalise de nombreux croquis d'édifices pour en mémoriser les traits saillants, en extraire les principes d'organisation et relier les plans à l'expérience dynamique et sensuelle des volumes dans leurs cadres. Il multiplie les expériences dans les agences d'architecture, à Paris, chez Auguste Perret, il est initié à l'École rationaliste d'Auguste Choisy à Eugène Viollet-le-Duc et est convaincu que le béton deviendra son propre matériau.

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Le Corbusier, Villa Schwob, 1916

En 1914, il invente avec Max Dubois la structure Dom-ino sur l'exploitation du porte-à-faut qui sera un éléments essentiel de son architecture et de son urbanisme. En 1910, il travaille en Allemagne chez Peter Behrens qui conçoit les usines AEG et a des relations avec Hermann Muthesius et le Deutscher Werkbund. Le Corbusier voit l'usine Fagus de Walter Gropius et Adolf Meyer et leur petite usine du Deutscher Werkbund de Cologne et sent le besoin d'allier l'art et la machine et la nécessité de types, modules de conception standard adaptables à la fois à la production de masse et aux usages de la société. Pendant quelques années, il s'intéresse de plus en plus au béton armé et aux problèmes posés par son utilisation dans le cadre d'une industrialisation croissante. En 1916, il conçoit la villa Schwob avec une ossature en béton armé, un espace central à double hauteur avec des galeries suspendues et un toit plat. On y trouve des influences de maisons romaines, Auguste Perret, Peter Behrens et Frank Lloyd Wright et son Wasmuth portfolio.

En 1919, à Paris, il fonde avec Amédée Ozenfant le mouvement puriste et dirige la revue l'Esprit nouveau. Le purisme comme le mouvement néo-plasticien de De Stijl établit quelques règles : l'utilisation de formes simples, l'harmonie entre les procédés de l'art et la nature qui peuvent s'appliquer indifféremment à l'architecture, la peinture et la sculpture contrairement à ceux qui intègre les arts figuratifs dans l'architecture, Le Corbusier toute sa vie alterne architecture, peinture et sculpture. En 1923, il rassemble ses réflexions théorique dans Vers une architecture puis en 1925, dans L'Art décoratif d'aujourd'hui  et Urbanisme, il élargit son raisonnement des objets à la ville.

Avec la construction de la Cité Frugès à Pessac entre 1924 et 1926, Le Corbusier passe de la théorie à la pratique avec des résultats décevants en raison des grandes difficultés rencontrées. Le projet d'Henry Frugès est celui d'un investisseur qui croit possible de vendre clés en main des maisons à une clientèle populaire et celui de Le Corbusier d'expérimenter la conception et la réalisation industrialisée d'un ensemble résidentiel bon marché. Les trois types de maisons sur deux niveaux sont construits sur une trame de 5.00 x 5.00 au sol correspondant à une poutre standard en béton armé. La construction en béton armé, le toit-terrasse, les fenêtres-bandeaux, l'escalier en port-à-faut dans un type, l'auvent en voûte surbaissée dans un autre donnent à ce lotissement des formes inédites, à la géométrie insistante. L'alignement d'unités semblables sont l'occasion d'une polychromie nouvelle où les parois d'un même volume sont peintes en brun, vert clair et blanc créant un paysage suburbain nouveau avec une succession de perceptions visuelles amorcées par Le Corbusier dans ses villas. Le prix de revient quatre à sept fois supérieur au prototype réalisé à Bordeaux, les négligences administratives avec un lotissent sans eau ni assainissement, l'exiguïté des terrains rendent ces maisons invendables et révèlent l'idéalisme du projet. On ne transpose pas sans précaution au bâtiment les normes de la pruduction industrielle, de la mécanisation et de la division du travail mais s'est aussi une mise en garde sur l'intervention des promoteurs privés sur l'urbanisation qui se heurte aux premières tentatives de réglementation imposées par les pouvoirs publics.

En 1925, il présente sa première proposition concrète d'urbanisme avec le Plan Voisin du centre de Paris et au pavillon de l'Esprit nouveau un immeuble-villa. En 1926, dans Les cinq points d'une nouvelle architecture Le Corbusier avec Pierre Jeanneret reprennent les idées mises au point : les pilotis, les toits-jardins, le plan libre, la fenêtre en longueur et la façade libre et en 1927 la villa Stein de Vaucresson a valeur de manifeste.

LES PREMIERS RAPPORTS AVEC LE PUBLIC

Les concours, les expositions

Pour influencer la production de bâtiments, les acteurs du mouvement moderne doivent faire sortir leurs idées des ateliers et les présenter au grand public. Pour démontrer que les principes peuvent être appliqués avec succès aux problèmes concrets, la recherche des occasions est une préoccupation constante des maître du mouvement moderne. Le Corbusier accepte de travailler pour n'importe quel client, de l'Armée du salut aux Soviets, Walter Gropius et Mies van der Rohe sous-estime les implications politiques de leur travail pourvu qu'ils prennent contact avec les forces économiques.

Le meilleur moyen pour persuader le public est la construction de bâtiments, de prototypes, de pavillons provisoires, d'objets. Le premier concours de niveau mondial est lancé en 1922 pour le siège du Chicago Tribune mais les dossiers primés sont de facture traditionnaliste. En 1927, le siège de la Société des Nations à Genève se solde par la défaite des architectes modernes mais donne un coup de grâce au prestige moral de l'Académie. En 1931, pour le Palais des Soviets, le gouvernement soviétique commande certains projets à Walter Gropius, Le Corbusier, Erich Mendelsohn, Hans Poelzig pour montrer que l'Union soviétique accueille les forces progressistes qui ont subit une défaite à Genève. 

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Cité Frugès / Quartiers Modernes Frugès / 1924-1926 / Le Corbusier

En 1927, le Deutscher Werkbund à Stuttgart pour sa deuxième exposition invite les meilleurs architectes de toute l'Europe à construire les immeubles du Weißenhofsiedlung. Mies van der Rohe qui est vice-président obtient en plus des pavillons provisoires, l'aménagement d'un quartier. Les allemands Peter Behrens, Walter Gropius, Ludwig Hilberseimer, Hans Poelzig, Adolf Rading, Hans Scharoun, Adolf Gustav Schneck, Bruno Taut, Max Taut, les hollandais Jacobus Johannes Pieter Oud, et Mart Stam, le français Le Corbusier et le belge Victor Bourgeois sont appelés à construire des immeubles.

En 1930 l'Exposition du Grand Palais à Paris a le plus d'échos. Walter Gropius y présente avec Herbert Bayer, Marcel Breuer et László Moholy-Nagy le meilleur de la production allemande et le public français voit et apprécie les transformations que le mouvement moderne a fait subir en quelques années à l'art décoratif allemand.

En 1932, l'exposition lnternationale sur l'architecture moderne organisée par Alfred Barr, Henry-Russell Hitchcock et Philip Johnson au MoMA de New-York présente le travail de Frank Lloyd Wright, Walter Gropius, Le Corbusier, Jacobus Johannes Pieter Oud, Ludwig Mies van der Rohe, Raymond M. Wood, George Howe et William Lescaze, Richard Neutra, Monroe et Irving Bowman et Otto Haesler. On y trouve aussi des études d'urbanisme sur les nouveaux besoins de l'habitat de Jacobus Johannes Pieter Oud à Rotterdam, Ernst May à Frankfort et Otto Haesler à Celle, Hanovre, Rathenow, Karlsruhe et surtout à Cassel.

Le catalogue et l'ouvrage : The international Style architecture since 1922 d'Henry-Russell Hitchcock et Philip Johnson qui prolongent l'exposition popularisent l'expression Style international mais excluent Franck Lloyd Wright du fait de l'étroitesse de ses critères et restent silencieux sur le contenu social de la nouvelle architecture. Ils tentent plutôt d'illustrer et de définir une communauté de motifs visuels et de modes d'expression, quelles que soient les différences de fonctions, de significations et de convictions.

Les publications

Après le livre de Walter Gropius Internationale Architecktur de 1925, les publications se multiplient. Entre 1929 et 1932, le Wasmuth Lexicon der Baukunst en quatre volumes, l'œuvre de Le Corbusier de 1910 à 1929, en Italie en 1929, l'Antologie de Fillia, en 1932 l'ouvrage iconographique de A. Sartois sont publiés. En 1929, Bruno Taut dans son livre résume les caractères du mouvement moderne en cinq points. Les revues d'après guerre comme De Stijl, l'Esprit Nouveau ou celle du Bauhaus disparaissent et sont remplacées par d'autres périodiques avec une diffusion plus large : Die Form organe du Deutscher Werkbund, Architecture d'aujourd'hui, Casa Bella en Italie, le groupe l'Équerre en Belgique. Les articles et les travaux d'architectes où les rédacteurs donnent des explications simples, positives et compréhensibles par tous sont publiés dans des revues traditionnelles.

L'APPROCHE DES PROBLEMES D'URBANISME

La recherche de nouveaux styles de vie est fondamentale dans les réalisations architecturales des années 1920 et dans les projets idéalistes de transformation de la cité industrielle. Les architectes les plus engagés socialement ont accès aux commandes individuelles mais la possibilité de réaliser des ensembles urbains leur est rarement accordée. La vision avant-gardiste de la cité reste souvent sur le papier mais marque peu à peu les générations suivantes et modifie le concept et l'image de la cité moderne.

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Karl Ehn, Karl-Marx-Hof, 1927

Après la guerre, les logements manquent à cause de l'arrêt des constructions pendant le conflit et la destruction de 350 000 logements en France. L'intervention de l'État pour assurer le logement des catégories les plus pauvres s'impose de plus en plus. L'Angleterre subventionne ceux qui respectent les règles de construction et d'hyoiène. En Suède, des coopératives occupe une place importante dans les schémas d'urbanisme. En Belgique, la Société nationale des habitations finances des sociétés, en France, la loi Loucheur est sans influence sur l'activité et il faut une intervention de l'État là où la crise est aiguëe comme à Paris.

La construction de logements se fait aussi à l'initiative directe des institutions publiques comme à Paris où débute en 1920 l'activité de l'Office municipal des habitations bon marché de Paris ou le même type d'organisation pour le département de la Seine construit pour la banlieue 18 000 logements dont les maisons-tours de Beaudoin et Lods. On retrouve le même principe à Londres, Weimar ou Vienne.

La planification des grandes villes débutée avant la guerre est difficile et les maîtres du mouvement moderne tardent à développer dans l'urbanisme les conséquences impliquées par la doctrine élaborée pour le bâti et sous-estiment les travaux de Tony Garnier, Hendrik Petrus Berlage, Otto Wagner, Le Corbusier, Ernst May et Nicolaï Miliouchine. Leurs nombreux plans de cités idéales abordent les problèmes cruciaux liés à l'évolution de la cité industrielle du XIXe siècle où la mécanisation, les nouveaux moyens de transport et de production ont transformé la ville en un fatras incohérent d'intitutions et d'infrastructures de circulations servant au développement du capitalisme.

France

Tony Garnier avec sa cité industrielle conçue entre 1901 et 1917, reprend et adapte les principes de la cité-jardin d'Ebenezer Howard pour une population totale de 35 000 habitants où il tente de coordonner toutes les fonctions sociales de production et de transport. Son zoning sépare l'industrie, l'habitat et les centres commerciaux avec une importante zone civique au centre sans édifice religieux, la société nouvelle rendant pour lui inutile de tels paliatifs. L'habitat est constitué de petites villas familiales et de quelques immeubles rectangulaires à toits plats disposés le long de rues bordées d'arbres, loin du bruit et des odeurs de la circulation et des usines. Grâce à Edouard Herriot, maire de Lyon, il peut réaliser une partie de sa cité idéale, les abattoirs et le quartier des États-Unis.

Le Corbusier essaie de ramener la cité industrielle à ses éléments types et à ses principales relations et cherche à réaliser une vaste synthèse de la machine, de la géométrie et de la nature. En 1922, la Ville contemporaine pour trois millions d'habitants dont le plan fait appel à une géométrie régulière est organisé sur un axe principal de circulation routière conduisant à un échangeur à plusieurs niveaux dont le dernier est un aérodrome. Les technocrates, dirigeants et banquiers sont rassemblés sur l'axe majeur dans vingt-quatre gratte-ciel de verre de 183 mètres de hauteur, le reste de la ville étant composé d'immeubles de logements à forte densité disposés à intervalles réguliers dans un parc. Les banlieues ouvrières et les zones industrielles sont tenues à distance renforçant la distinction entre les classes sociales. Ce lieu de vie de haute densité démographique bénéficie d'un maximum d'ouvertures spatiales et d'air pur grâce aux nouvelles technologies, et avec la construction sur pilotis, d'un sol de la ville complètement libre avec une séparation des flux piétonniers et automobiles.

Pays-Bas

À Amsterdam, Hendrik Petrus Berlage avec l'extension de la partie Sud de la ville dont la croissance s'est faite dans le désordre établie une passerelle entre les idées du XIXe siècle et celle des planificateurs progressistes des années 1920. Entre 1902 et 1920 où il faut construire une grande quantité de logements pour prendre en compte le développement de l'industrie, il met de l'ordre dans le chaos grâce à de larges avenues encadrant d'importantes constructions massives que pénètrent un système de voies secondaires et de petits squares. L'unité principale est un bloc périphérique enfermant une cour aménagée en jardin. Les architectes Piet Kramer et Michel de Klerk adoptent un modèle de base similaire pour leurs projets d'ensembles collectifs Eigen Haard à l'extérieur du centre historique et en 1917-1920, tentent de structurer le tissus urbain en faisant du bloc périphérique une sorte d'unité sculpturale. 

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Bruno Taut et Martin Wagner, Cité du fer à cheval, Britz, 1928

À Rotterdam, Jacobus Johannes Pieter Oud qui s'inspire clairement des prototypes d'Hendrik Petrus Berlage est nommé en 1918 à 28 ans architecte en chef de la ville. Puis il abandonne peu à peu les implantations banales et fait la synthèse des principes du groupe De Stijl avec un langage architectural qui tient compte des particularités des logements ouvriers. En 1924, sa réalisation pour Hook van Holland dépasse les intention hygiénistes originelles. La façade principale donne sur des jardins individuels et un grand jardin commun borde la façade arrière. Il emprunte à De Stijl les couleurs bleu, noir, jaune, rouge et certains éléments de la maison Schröder de Gerrit Rietveld pour résoudre les problèmes liés aux maisons en bandeaux. En 1925, pour les logements de Kiefhoek, il transpose à grande échelle le dynamisme asymétrique du groupe De Stijl et parvient à faire glisser les espaces environnant les uns devant les autres. Ses projets ont probablement influencé ceux d'Ernst May, Bruno Taut et Martin Wagner en Allemagne.

Allemagne, Autriche

Après la guerre, Francfort est la ville où les syndicats et les coopératives sociales démocrates ont le plus d'influence. En 1919, le maire qui s'intéresse particulièrement au logement publie un ouvrage sur l'administration du logement dans la grande ville, nomme en 1925 Ernst May architecte de la ville et achète les terrains nécessaires à son programme de modernisation de l'habitat. Pendant les cinq années suivantes, Ernst May marqué par l'influence de la cité-jardin d'Ebenezer Howard et ses associés conçoivent de nombreux ensembles caractérisés par des barres longues et basses de deux à quatre étages avec des appartements regroupés par paires entre les escaliers et les accès. Ils tentent d'humaniser la répétition monotone de modules et d'éléments standardisés par le souci des proportions, l'échelle, la lumière, les détails, les surfaces planes blanches ou colorées animées par les ombres des arbres et la juxtaposition des pelouses et des plantations. Ils entreprennent des recherches sur la production en série des espaces extérieurs, des logements individuels jusqu'aux plus petits détails d'équipement comme la cuisine de Francfort conçue par Margarete Schütte-Lihotzky en 1926 à une époque où Le Corbusier confie à Charlotte Perriand l'équipement de la maison.

À Berlin la commande publique est à l'origine de logements remarquables avec les cités du modernisme dont la cité du fer à cheval de Bruno Taut et Martin Wagner. Le plan de la cité de Bruno Taut qui cherche à donner à ses formes standardisées et répétitives une aura de dignité dans un esprit communautaire est organisé sur un espace central ouvert en fer à cheval entouré de logements alignés et de là répartir des barres parallèles séparées par des espaces verts.Walter Gropius et Hans Scharoun conçoivent certains bâtiments influencés en partie par les cités-jardins de Ebenezer Howard.

À Vienne en Autriche, en 1917, près des trois-quart des logements sont surpeuplés ou insalubres et le gouvernement achète des propriétés privées pour créer 3 000 logements municipaux par an. Josef Frank et Adolf Loos construisent des maisons individuelles mais le gouvernement choisit le parti d'Hendrik Petrus Behrens et ses grands ensembles dotés de leurs propres équipements. En 1927, Karl Ehn conçoit le Karl-Marx-Hof, un ensemble de 1 382 appartements, des bureaux, des blanchisseries, des espaces verts, une bibliothèque et un dispensaire.

LES CONGRES INTERNATIONAUX D'ARCHITECTURE MODERNE

La fondation des C.I.A.M. en 1928 fait suite au concours de 1927 pour la Société des Nations à Genève qui a montré que beaucoup d'architectes en Europe travaillent avec des méthodes similaires et que leurs contributions sont compatibles. Au château de la Serraz, en 1928 se tient un congrès des architectes modernes où les débats se focalisent sur les relations entre l'architecture et l'urbanisme. Le Corbusier présente les six points à discuter : la technique moderne et ses conséquences, l'économie, l'urbanisme, la standardisation, l'éducation et la jeunesse puis la réalisation État/architecture. 

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Robert Mallet-Stevens, Villa de Jean et Joël Martel, Paris, 1926-1927

Sont présents avec Le Corbusier, Robert Mallet-Stevens, Auguste Perret, Pierre Chareau et Tony Garnier pour la France ; Victor Bourgeois pour la Belgique ; Walter Gropius, Erich Mendelsohn, Ernst May et Mies van der Rohe pour l'Allemagne ; Josef Frank pour l'Autriche ; Mart Stam et Gerrit Rietveld pour les Pays-Bas ; Adolf Loos pour la Tchécoslovaquie. Une délégation d'architectes russes est invitée mais n'obtient pas de visas. Ensuite, Josep Lluís Sert pour l'Espagne et Alvar Aalto pour la Finlande les rejoignent.

En 1929, à Francfort, le débat tourne autour de la question de l'habitat minimum et en 1930, à Bruxelles, cette question est de nouveau évoquée avec des débats portant sur la valeur relative de la planification d'immeubles de moyenne ou de grande hauteur. Walter Gropius présente des études sur les angles d'éclairages et les ratios de lotissements, tandis que d'autres soulèvent le problème de la mise en œuvre politique. Une fois encore, l'avant-garde décrit l'idéal urbain dans un projet théorique en l'absence d'autorités politiques gagnées à cette cause. Il est admis que l'intérêt privé doit être subordonné à l'intérêt collectif mais les moyens pour y parvenir ne sont pas précisés.

Entre 1929 et 1931, trois œuvres importantes sont réalisées qui servent de références au débat contradictoire sur le mouvement moderne : la villa Savoye de Poissy de Le Corbusier, la villa Tugendhat à Brno de Mies van der Rohe et le Columbushaus d'Erich Mendelsohn à Berlin.

LA CHARTE D'ATHENES

En 1933, le quatrième congrès qui se déroule à bord du Patris entre Marseille et Athènes, repose le problème de la cité moderne et des principes généraux de l'urbanisation. Il aboutit à la rédaction de la Charte d'Athènes qui aura une influence importante dans l'urbanisme d'après guerre. Le texte largement revu par Le Corbusier est publié en 1941 sous le titre : La ville fonctionnelle. On y constate que les villes d'aujourd'hui offrent l'image du chaos, ne répondent plus aux besoins de leur population et cette situation révèle, dès le début de l'ère machiniste, l'addition des intérêts privés. La ville doit assurer la liberté individuelle et le bénéfice de l'action collective. Son dimensionnement doit être régi à l'échelle humaine. Les quatre fonctions : habiter, travailler, se recréer dans les loisirs et circuler sont les clés de l'urbanisme. La cellule d'habitation avec son insertion dans une unité d'habitation de grandeur efficace est le noyau initial de l'urbanisme et c'est à partir de cette unité-logis que s'établissent dans l'espace urbain les apports entre l'habitation, les lieux de travail et les installations consacrées aux heures libres.

D'après Wikipédia