L’architecture baroque apparaît au début du XVIIe siècle en Italie et se propage rapidement dans toute l'Europe. Elle utilise le vocabulaire esthétique de l'architecture Renaissance d'une façon nouvelle, plus rhétorique, plus théâtrale, plus ostensible, afin de servir le projet absolutiste et triomphal de l'Église et des Etats. L'architecture baroque, comme le baroque lui-même, est caractérisée par un usage opulent et tourmenté des matières, des jeux d'ombre, de lumière et de couleurs.

Les débuts

Le développement du style baroque est généralement défini comme consubstantiel à la Contre-Réforme. Il a néanmoins été adopté par les élites des pays protestants du nord de l’Europe et par celles du monde orthodoxe slave. Sa naissance à Rome est concomitante avec celle de la compagnie de Jésus, fondée en 1537 pour renforcer l’influence catholique perdue et évangéliser le Nouveau Monde, et avec celle du concile de Trente (1545-1563) qui réforme les excès les plus patents de l'Église catholique romaine dont la réputation était entachée par un népotisme systématique et le scandale des indulgences. Il a ainsi essaimé dans l’Europe entière, ainsi que dans le Nouveau-Monde.

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Santa Susana - Rome, Italie

Le dernier édifice de Michel-Ange, la basilique Saint-Pierre, peut être considéré comme précurseur de l’expression baroque en architecture, de par ses dimensions colossales inédites. Son élève, Giacomo della Porta en développe le langage, en particulier à travers l’élévation de la façade de l’église du Jesus (1584), église-mère de la compagnie de Jésus alors en pleine expansion. Cet édifice est souvent considéré comme le premier exemple d’architecture baroque, lequel influencera l’architecture religieuse pour le siècle à venir.

Caractéristiques

Les origines du mot baroque sont incertaines. Le mot est issu du portugais barrocco. Contrairement à une idée courante, le terme ne désigne pas, dans un premier temps, une perle irrégulière : un barroco, en portugais, désigne un gros rocher de granit à la forme irrégulière. C'est seulement par analogie qu'il désigne la perle irrégulière. Dans les deux cas, il s’agit d'une réalité irrégulière. Le mot baroque signifie « extravagant, imprévu, irrégulier »… Utilisé comme adjectif, le terme « baroque » s’applique aux attributs formels indépendants du contexte historique. On parlera de musique, de pensée ou de littérature « baroque » pour relever le caractère « baroque » de cette littérature, de cette pensée, ou de cette musique. Les historiens de l'art utilisent avec réticence le mot baroque, terme polysémique qui a une signification trop floue et ambiguë.

Opulence

L'architecture baroque est caractérisée par l'opulence ; avec les progrès techniques et les avancées en statique, les nefs s'élargissent, et adoptent même des formes rondes. Les architectes n'hésitent pas à avoir recours à une ornementation « à outrance », en particulier en Espagne avec le style churrigueresque, et multiplient l’usage des faux marbres et du stuc, en particulier avec un usage généralisé des marbres polychromes ; les sculptures d’anges et de putti joufflus et moqueurs, souvent dorés, sont omniprésentes de même que les volutes, spirales, rocaille, cartouches, etc. ; les fresques couvrant l'intégralité du plafond apportent une touche de couleur, très souvent elles « ouvrent » l'espace en y plaçant un ciel, donnant l'impression d'une architecture à ciel ouvert, et ne reculent pas devant le recours au trompe-l'œil, en particulier en intégrant peinture et architecture.

Même les colonnes se mettent à virevolter sur elles-mêmes et présentent cet aspect typique qu'on appelle « Colonne de Salomon », elles sont mises à la mode par Le Bernin qui, dans son baldaquin surmontant le maître-autel de la basilique Saint-Pierre de Rome, crée un modèle immédiatement repris et copié.

L'usage du clair-obscur et des jeux de lumière : avec les progrès techniques, les baies s'élargissent et inondent les espaces de la lumière du jour et, typiquement, le maître-autel des églises s'élève en contre-jour.

Les toits en bulbe d'oignon, spécialement en Bavière, Autriche, Hongrie et dans les pays slaves s'élèvent souvent pour surmonter tours et clochers.

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Le baldaquin de Servandoni de l'église Saint-Bruno des Chartreux, Lyon

Théâtralité

Jamais avant et rarement après n'a-t-on autant osé mettre en scène un autel d'église comme une scène de théâtre, entourée de colonnes, peuplée d'anges et de saints qui sont comme en représentation, une scène biblique en toile de fond, le saint-votif de l'église sculpté sur l'avant-scène, le tout surmonté de dais d'où pendent des rideaux qui rappellent furieusement ceux du théâtre. Le Bernin va jusqu’à placer des spectateurs autour de sa célèbre chapelle Cornaro à Notre-Dame-de-la-Victoire…

Créativité

Si le classicisme est le respect des formes antiques romaine ou grecque, le baroque s'en distingue par l'innovation. Les architectes n'ont jamais été aussi libres de tenter des formes nouvelles, aussi audacieuses par rapport à l'héritage du passé. Une église en forme de trèfle pour évoquer la Trinité ? C'est possible à la Kappell de Waldsassen. Un château au plan tout aussi triangulaire ? Visitez Karlova Koruna ou le Pavillon chinois de Sanssouci. Le plan cruciforme vous semble « déjà-vu » ? Santini-Aichl vous offre une église en étoile à cinq branches à Zelená hora. L'église Saint-Pierre de Vienne présente un plan de forme ovale.

Urbanisme

C'est dans la conception de la ville que l'art baroque innove réellement. La Renaissance italienne a commencé à repenser l’urbanisme, mais le fait dans les marges de la ville médiévale « fermée ». Le baroque, lui, « ouvre ». Il ouvre la ville pensée comme espace systématisé, il perce des perspectives infinies, il conçoit la capitale comme le centre de forces qui rayonnent bien au-delà de ses limites. Il n'est pas interdit de penser que la révolution copernicienne puis newtonienne qui s'imposent alors, influent sur les esprits des commanditaires comme des architectes et urbanistes.

Comme pour tout ce qui est baroque, tout a commencé à Rome, avec le percement de grandes voies dégagées pointant vers des églises pour les mettre en valeur, les escaliers de la Piazza di Spagna, la place et la fontaine de Trevi. Mais le véritable modèle copié dans toute l'Europe est Versailles, en tant que forme de ville idéale au XVIIe siècle : le palais est au centre de deux vastes espaces définis par des perspectives divergentes qui se prolongent à perte de vue. La forme géométrique simple est centrée vers la figure du souverain absolutiste qui forme le noyau, le centre de gravité du système.

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Fontaine de Trevi, Rome, Italie

Le projet urbanistique le plus ambitieux de tout le siècle et le plus complet est cependant la fondation de Saint-Pétersbourg par le Tsar Pierre le Grand en mai 1703. Trois avenues rectilignes (dont la perspective Nevsky) rayonnent depuis l'Amirauté. 

Quand ils ne bâtissent pas ex nihilo, une capitale, les souverains absolutistes les embellissent. La Plaza Mayor devient un lieu commun en Espagne. Louis XIV à Paris dresse l'esplanade des Invalides, le Champ-de-Mars, l’Axe historique que Le Nôtre, le paysagiste du château de Versailles, fait tracer en 1640 dans la continuité du Louvre et des Tuileries et, conçue par Jules Hardouin-Mansart en 1699, la place Vendôme. Louis XV poursuit cet effort avec la place de la Concorde

Plus modeste, mais non moins représentative, la place Stanislas de Nancy témoigne de l’allégeance envers le roi de France dont une statue est initialement érigée en son centre, en face d’un arc triomphal à sa gloire. La place réunifiant les deux villes développe un nouvel axe structurant de la ville dont chaque extrémité est ornée d’un arc en l’honneur du duc-roi et de son épouse. Il s’agit d’une vaste composition où s’élèvent un palais du gouverneur, un théâtre, une académie des sciences et le nouvel hôtel de ville ; des fontaines aux sujets mythologiques et un travail de ferronnerie raffiné laisse ouverts les angles sur la ville et le paysage.

En Italie, Turin est un compromis idéal entre la ville baroque française (monarchique, le gallicanisme absolutiste ne reconnaissant, in fine que l'autorité du roi) et la ville baroque romaine (religieuses, les artères percées vont d'une basilique à l'autre). Le plan est rationnel et laïc, les seuls édifices qui dominent la ville horizontale sont en revanche les clochers et les dômes des églises. Le palais Carignan (1679-1685) par Camillo-Guarino Guarini, certes imposant, respecte l'horizontalité imposée aux édifices civils.

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Palais Carignan, Turin, Italie

Toutes les villes d'Europe devraient être citées à un titre ou un autre, tant le siècle connaît d'innovations urbanistiques et de projets citadins, en particulier en Allemagne qui se relève alors des ravages et destructions de la guerre de Trente Ans, mais citons Bath, en Angleterre qui expérimente un concept nouveau qui fera florès, celui de la « ville-jardin » avec une liberté conceptuelle rarement vue jusqu'alors dans la création urbaine : le Royal Crescent est en demi-cercle sur le modèle du théâtre antique, le King's Circus est une place ronde sur celui du Colisée.

La ville baroque est un théâtre et son souverain un metteur en scène implacable qui plie la nature à ses jardins tracés au cordeau.

Variantes régionales

En Italie

Le style baroque se développe à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle, d’abord à Rome, puis dans le reste de l’Italie. Il respecte tout d'abord le paradigme romain de la basilique en croix dont le chœur est surmonté d'un dôme. Le rythme dynamique des colonnes et pilastres, la façade centralisée et complexe, liant rigueur et jeu sur les codes classiques de la Renaissance, les statues placées dans des niches et rappelant furieusement la structure de la scène d'un théâtre romain antique en font l'un des premiers exemples du baroque.  

La mode architecturale est lancée - elle lie théâtralité et domination sur l'espace urbain environnant. Elle sera la norme pour les cent cinquante ans à venir.

L’exemple le plus abouti est sans conteste la place Saint-Pierre dessinée par Le Bernin et qui est reconnue comme un chef-d’œuvre de la théâtralité baroque sur une échelle colossale sans précédent. Deux ailes de colonnades donnent sa forme au parvis monumental, elles s'écartent depuis la basilique comme deux bras protecteurs qui accueilleraient la foule. Le plan elliptique est typique de l'architecture baroque.  

Le rival du Bernin dans la capitale de la chrétienté est Francesco Borromini dont les plans s'éloignent encore plus des canons esthétiques de la Renaissance avec des compositions encore plus dramatiques. À la suite du décès du Bernin en 1680, Carlo Fontana s'impose également comme l'architecte le plus influent à Rome.  

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Place Saint-Pierre, Rome, Italie

Des variantes plus flamboyantes et moins classiques du baroque apparaissent dans le courant du XVIIe siècle dans le sud de l'Italie, en Sicile notamment sur la fin du siècle mais bien avant dans la ville de Lecce dans les Pouilles.

 En France

Les Français n'adhèrent pas vraiment au baroque ; ils développent surtout un mouvement « classique ». Cette opposition trouve sa source dans la volonté, affirmée dès le XVIIe siècle, de supplanter Rome et, dans les faits, c’est le moment où Versailles et la cour du Roi-Soleil prennent la place de l’Italie comme foyer de rayonnement culturel. Le tournant est le refus des plans du Bernin en avril 1665 pour la colonnade du Louvre : l’architecte le plus célèbre, le plus demandé d’Europe est rejeté par la Cour de France.

Cependant, certains historiens de l’art considèrent l’architecture française des règnes de Louis XIV et Louis XV comme baroque : ils estiment que la plupart des constructions « classiques » françaises, qu'elles soient religieuses ou civiles, auraient pu être édifiées ailleurs en Europe et qu'elles comportent tous les éléments baroques : goût pour la magnificence, la perspective, le décor.

Ce classique français sera ensuite adopté dans l'Europe et l'Amérique sous le terme de néo-classique.

L'architecture classico-baroque est redevable aux Français de l'invention du château à trois corps de bâtiments. Le modèle en vigueur jusque-là est celui du palazzo italien : une austère sinon grandiose façade sur la rue, une ou plusieurs cours intérieures bordées de colonnade ou non. La créativité des architectes s'exprime dans les marges : grand escalier, galerie intérieure.

L'Espagne, le Portugal et leurs empires

En contraste avec l'art du nord de l'Europe, les Espagnols ont créé un style qui fait appel aux sens plus qu'à l'intellect. La famille Churriguera, architectes spécialisés dans le dessin et la construction d'autels et de retables s'est opposée au style dépouillé de Juan de Herrera, et a promu un style exagéré, élaboré, presque capricieux qui couvre chaque pouce de surface disponible avec un motif et qui est passé à la postérité sous le vocable de « churrigueresque ». En moins d'un demi-siècle, les Chirrugera transforment Salamanque en une cité modèle du style churrigueresque.

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Cathédrale Saint-Jacques-de-Compostelle, Espagne

Le Portugal, sous domination espagnole entre 1580 et 1640, est dans la sphère d'influence culturelle de son grand voisin et ne s'en distingue (ce qui est vrai aussi pour le Brésil vis-à-vis des colonies espagnoles d'Amérique latine) que par une atténuation sensible, empreinte d'une douceur toute portugaise.

Aux riches Pays-Bas espagnols (peu ou prou la Belgique actuelle), la même approche prédomine, qui lie une surcharge décorative à la structure architectonique et qui fait passer la fluidité au second plan.  

L'Amérique latine est dans la sphère d'influence du baroque churrigueresque espagnol et se caractérise par une surcharge décorative mâtinée d'influences locales qui donnent toute sa saveur au baroque latino-américain.

Typiquement, les villes qui se construisent alors comprennent toutes une Plaza Mayor (le célèbre Zócalo de Mexico en est l'exemple le plus grandiose) qui réunit les bâtiments des pouvoirs administratifs et religieux : palais du vice-roi ou de son représentant et la cathédrale.

La conquista a eu pour conséquence un dramatique déclin démographique, les conquistadores apportant avec eux la variole, qui décime les populations amérindiennes lors de leur arrivée sur le continent en 1518. Le XVIIe siècle voit un renouveau démographique et la construction de nombreuses villes dont certaines ont gardé leur cachet originel. Citons Ouro Preto au Brésil, Morelia au Mexique.

Dans le Saint-Empire romain germanique

Il faut attendre 1648 et la fin de la guerre de Trente Ans pour que l’art baroque s’épanouisse avec force dans le Saint-Empire romain germanique. Cette période faste atteint son apogée entre 1690 et 1720, notamment à la suite du déclin du nombre de chantiers en Italie. Nombre de maîtres-maçons italiens traversent alors les Alpes, les magistri Grigioni, les Carlone de Lombardie, les Lurago du Tessin trouvent à s’employer alors que la guerre de Trente Ans et l’absence de chantiers a dépeuplé les rangs des spécialistes allemands de la construction.

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Abbaye de Melk

Dès lors les nouveaux foyers de création sont Vienne et Prague. Aux alentours, les ordres ecclésiastiques sont amenés à se construire de somptueux bâtiments : leurs abbayes et monastères ont souvent été détruits ou pillés par les troupes protestantes. L'Allemagne est morcelée, le prince de chaque micro-État entre en compétition avec son voisin et se fait construire de fastueux palais.

Parallèlement, la puissance de l'Autriche s'affirme, et comme pour mieux souligner l'ascension de la monarchie des Habsbourg, la noblesse se fait bâtir nombre de palais par les grands architectes que furent Lukas von Hildebrandt et Johann Bernhard Fischer von Erlach qui développe un style « impérial » aux multiples références historicisantes. Aidés par leurs importants revenus fonciers, les monastères d'Ottobeuren, Benediktbeuern, Rottenbuch, Melk, Břevnov, etc., font appel aux grands architectes allemands, dont beaucoup se sont formés en Italie, mais qui n'en développent pas moins un style propre à l'Allemagne méridionale, fait de mouvement et de couleur qui aboutira au rococo.

On notera dans ces pays un usage immodéré des tons pastel pour les façades.

En Grande-Bretagne

On doit à Wren l'introduction du baroque architectural dans le royaume. Il se démarque de son équivalent continental par la clarté de son dessin et sa tendance classicisante (comme en France). Les palais et églises qui se construisent alors sont « classiques » dans leur décoration et « baroque » dans leur ampleur majestueuse et leurs proportions monumentales. La tentative de Thomas Archer avec son église St. John's de Smith Square (1728), d'introduire le baroque italien du Bernin dans l'architecture religieuse anglaise rencontre beaucoup moins de succès.

En Russie

En Russie, l’architecture baroque russe passe par trois phases - la première correspond au baroque Narichkine surtout visible à Moscou, avec ses élégantes décorations de pierre blanche sur mur de briques rouges ; la seconde, phase de maturité, correspond au baroque pétrovien qui prend son nom du tsar Pierre le Grand couvre le règne de ce dernier entre les années 1680 à 1720 et correspond à la construction de Saint-Pétersbourg ; la dernière phase, le baroque rastrellien, du nom de l'architecte des tsarines Élisabeth et Catherine II, Bartolomeo Rastrelli correspond au style Louis XV français ou rococo allemand. La couleur est de mise, comme dans le Saint-Empire.

Comme dans le Saint-Empire, les architectes viennent majoritairement d'Italie. 

Le style baroque est supplanté par l’architecture néo-classique. Après les absolutistes et leur désir de grandeur, une autre ère, plus démocratique s'ouvre, et un autre style architectural est chargé d'en éterniser les principes…

L’architecture baroque reviendra à la mode sous une forme néo-baroque dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Il n'est pas interdit de penser qu'il correspond alors à une certaine réaction absolutiste, en particulier dans le Second Empire de Napoléon III et l’Autriche-Hongrie de François-Joseph Ier...

D'après Wikipédia